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  • JJS
  • Membre/Member, NTIA IANA Functions' Stewardship Transition Coordination Group (2014~2016); Membre/Member, NetMundial Initiative Coordination Council (déc. 2014~2016); ICANN/ALAC (2010~14); ICANN Board (2007-10); diplomat(e) (1971-2005); ambassadeur/dor (1995-2005). Gouvernance; défis globaux / Governance; global challenges.
  • Membre/Member, NTIA IANA Functions' Stewardship Transition Coordination Group (2014~2016); Membre/Member, NetMundial Initiative Coordination Council (déc. 2014~2016); ICANN/ALAC (2010~14); ICANN Board (2007-10); diplomat(e) (1971-2005); ambassadeur/dor (1995-2005). Gouvernance; défis globaux / Governance; global challenges.

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30 mai 2007 3 30 /05 /mai /2007 15:28

Notre monde est bousculé par les transferts instantanés et le caractère fugace des échanges. Voici le premier article d'une nouvelle série, "Reflets du monde".

L'autre jour, un déjeuner à Shanghai: le menu, en anglais et en chinois, propose des plats italiens, des vins de plusieurs provenances ; le décor est international, c'est-à-dire indifférent, virant au prétentieux. Arrivée des convives, échange des cartes de visite (à deux mains, en s'inclinant légèrement), présentations. La conversation cherche sa voie, puis s'installe. Mon voisin, la cinquantaine, est déconcerté par l'étendue du menu et ses formules savantes. Mais il remarque qu'en musique de fond, c'est l'Hiver selon Vivaldi. Ainsi, il se trouve encore des gens pour qui la musique (même libre de droits et simplement utilisée pour remplir les insterstices de l'espace marchand), n'est pas devenue opaque, ni indifférente. Sans doute notre interlocuteur se souvient-il encore de l'émerveillement de son premier disque vinyle ou de son premier CD, peut-être justement Les Quatre Saisons. Même si le divertissement (entertainment) joue désormais un rôle économique majeur, n'acceptons pas qu'il nous soit présenté comme substitut de la culture.

Autre moment : dans un avion entre deux aéroports européens, arrive l'hôtesse poussant le chariot des repas. Je réprime un souvenir (Singapour-Paris sur UTA, dans les années 1970) en recevant une barquette en aluminium avec des pâtes chaudes, un pain spongieux, des couverts en plastique blanc, "et avec ça, que voulez-vous boire?". Allons-y pour un vin rouge. C'est la première fois que, sur un vol d'une compagnie aérienne européenne, on me sert une demi-bouteille dont l'étiquette annonce un "Cabernet Sauvignon & Syrah, from China with pride". Sous l'idéogramme pour "qi" (l'esprit, le souffle), le texte en chinois paraît un tantinet moins modeste qu'en anglais. La bouteille reproduit exactement les caractéristiques de son homologue bordelaise : même couleur du verre, même type d'étiquette, même collet rouge. Par l'entremise d'un intermédiaire de droit néerlandais, le producteur a donc accès à l'ensemble de l'UE, et probablement au-delà. Beau succès pour l'entreprise chinoise qui a sans doute bénéficié, il y a une dizaine d'années, du transfert (gratuit) du meilleur savoir-faire viticole d'un ou de plusieurs pays européens riverains de la Méditerranée...

Un empereur fit franchir des cols alpins à des éléphants blindés, un stratège implacable poussa troupes à travers des tempêtes de neige dans la plaine lituanienne, des amiraux engloutirent des flottes altières, des bombardements aériens réduirent de fières villes au chaos primitif, sans jamais atteindre un tel résultat, tranquille mais irréversible : InterCity, dont le siège est aux Pays-Bas, ne sert plus que du vin chinois sur ses vols. Devant le fait accompli, qui n'a d'ailleurs rien d'illégal ni d'immoral, le protectionnisme ne sert à rien : je constate simplement que la libéralisation des échanges crée une réalité internationale plus puissante que la force armée, plus attrayante que la culture, plus assimilable que le débat d'idées, plus prégnante que la raison. A moins que...

A moins qu'une parita de Bach (par exemple interprétée par Dinu Lipatti, car qui donc ira vérifier s'il lui reste un ayant-droit), diffusée par un méchant récepteur radio, ne touche, comme une révélation, une jeune villageoise dans le Shandong, un vieil habitant d'un township jouxtant Johannesburg, une mère de famille dans une favella de Rio de Janeiro. A moins que, pour son premier accès à l'internet, un écolier à Kalkota ne découvre que son correspondant  à Islamabad vit à peu près comme lui. A moins que la blogosphère ne finisse par reproduire, dans des pays à système politique fermé, le même effet que la machine à fax avait eu dans le monde soviétique, entre glasnost et perestroïka. La mondialisation se poursuit avec un succès que rien ne semble arrêter : qu'en sera-t-il de la mondialisation de la tolérance, de la compassion, qu'en sera-t-il de l'échange des idées ?

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With instant transfers and short-lived exchanges, our world is subjected to overwhelming change. Here is the first article in a new series, "Images of the world".

The other day, lunch in Shanghai: the menu, in English and Chinese, offers Italian dishes, wines of diverse provenance; the interior design is international, that is to say indifferent, slightly show-off. Arrival of the guests, exchange of name cards (presented with both hands, and bowing slightly), introductions. Conversation tries to get off the ground, finally does. My neighbour, fity-ish, is nonplussed by the sheer range of the menu and by its ornate language. But he does notice the background music, Vivaldi's Winter. So it seems that there are still people for whom music (even when, having outlived its copyright, that music is used just to fill in the empty spaces of a merchandised world), is not blurred, nor indifferent, Perhaps my interlocutor remembers how he marvelled upon hearing his first vinyl record or first CD, perhaps precisely The Four Seasons. Admittedly, entertainement has become one of the driving economic forces in the world, but let us not accept that entertainment be served up as a substitute for culture.

Another moment: on a flight between two European airports, here comes a hostess pushing the cart with lunch boxes.  I repress a fond memory (Singapore-Paris by UTA, in the 1970s) upon being given the aluminium tray with warm pasta, a spongey bun, and white plastic fork and knife,  "and with this, what would you like to drink?". Let's settle for red wine. This is the first time ever that, on a flight operated by a European company, I'm given a half bottle with a label which states "Cabernet Sauvignon & Syrah, from China with pride". Under the Chinese character for "qi" (spirit, air), the Chinese text seems a shade less modest than the translation in English. The bottle is a perfect reproduction of its Bordeaux counterpart: same colour glass, same type of label, same red collar. Using a Dutch intermediary, the producer has access to the whole of the EU market, and probably beyond. Quite a success for a Chinese company which probably had the benefit, a dozen years ago, of (free) transfer of some of the best wine-growing technology from one or more European state(s) bordering the Mediterranean...

An emperor forced armoured elephants through an alpine pass, a ruthless master of strategy pushed his troops into the snowstorms of the Lithuanian plains, admirals sank splendid fleets, air strikes reduced proud cities to their primieval chaos, without ever achieving such a result, so tranquil and irreversible: InterCity, with headquarters in the Netherlands, now only offer Chinese wine on their flights. Faced with such a fait accompli, which by the way is neither illegal nor immoral, protectionism just does not work: I simply take note of the fact that trade liberlization has brought about an international reality which is more powerful than military might, more attractive than culture, easier to comprehend than intellectual debate, more ubiquitous than reason. Unless...

Unless a Bach parita (an old recording, say, by Dinu Lipatti, as nobody is likely to look up the rights of his successors), spread by a humble radio receiver, like some revelation, moves some young village lass in Shandong, or some old man in a township on the outskirts of Johannesburg, or a mother in some favella in Rio de Janeiro. Unless, upon his first encounter with the internet, a schoolboy in Kalkota discovers that his pen-pal in Islamabad has very much his own way of livingUnless the sphere of blogs can replicate, in countries which still have a padlocked political system, the same effect produced by the fax machine in the Soviet world, between glasnost and perestroïka. Globalization pursues its forward thrust, without check: what about the globalization of tolerance and compassion, and does the debate of ideas have a future?

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Published by JJS - dans serenidee
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commentaires

jean-christophe dupuis-rémond 07/06/2007 16:11

Ton voisin était un vrai connaisseur, perso, je préfère le deuxième mouvement de l'été, quand l'orage déferle sur la campagne...;-)Toujours un plaisir de vous lire M. l'Ambassadeur.

JJS 07/06/2007 19:15

Comment écouter les "tubes" classiques les plus honteusement exploitiés, chaque fois avec une égale fraîcheur ? Se trouver dans des circonstances inattendues en les entendant...
Merci du commentaire, et bravo au bloggeur-journaliste.
Cordialement, JJS.