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  • Membre/Member, NTIA IANA Functions' Stewardship Transition Coordination Group (2014~2016); Membre/Member, NetMundial Initiative Coordination Council (déc. 2014~2016); ICANN/ALAC (2010~14); ICANN Board (2007-10); diplomat(e) (1971-2005); ambassadeur/dor (1995-2005). Gouvernance; défis globaux / Governance; global challenges.
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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 10:10

 

L'UE dans le monde

 

par Roland Stalder, Jean-Jacques Subrenat, Daniel Marthaler1

 

30 mai 2017

 

Les amateurs de grandes fresques ont pu dépeindre le XIXème comme le siècle européen et le XXème comme le siècle américain. Les mêmes prédisent que le XXIème sera le siècle de l'Asie et du Pacifique. Au vu des tendances actuelles, il n'est pas certain que les catégories forgées au lendemain de la deuxième guerre mondiale resteront valables tout au long du 21ème siècle. Les divisions idéologiques entre Est et Ouest, entre communisme et capitalisme, entre pays dynamiques et « vieille Europe2 » sont dépassées. Pour ne prendre qu'un exemple, aujourd'hui la Chine est à la fois le 2ème pays capitaliste du monde, certes avec ses propres caractéristiques, et celui du parti unique le plus puissant de la planète ; l'Etat y dispose des plus grandes réserves de change mondiales3, tandis que sa population comprend à la fois un grand nombre d'ultra-riches et des dizaines de millions de personnes en mode de subsistance.

 

Dans un monde si changeant, que représente l'Europe aux yeux des autres régions, et comment l'Union européenne peut-elle se définir à l'échelle globale ?

 

En 1970, Henry Kissinger demandait avec condescendance : « L'Europe ? Quel numéro de téléphone dois-je appeler ? »4. Il avait en partie raison, car la CEE de l'époque manquait de visibilité. Aujourd'hui on pourrait d'ailleurs retourner la politesse : ces temps-ci à Washington, vaut-il mieux appeler D. Trump lui-même, ou son principal stratège S. Bannon, ou son gendre J. Kushner ? La condescendance n'est jamais bonne conseillère en diplomatie, comme le sait aussi Lawrence Summers qui, président de la Réserve fédérale, écrivait en 1999, quelques mois avant le lancement officiel de l'Euro, « la monnaie européenne ne verra peut-être jamais le jour »5.

 

L'entrée éventuelle des Etats-Unis dans une nouvelle phase d'isolationnisme pourrait entraîner des conséquences à l'échelle mondiale. Le président Trump fait douter de l'engagement des Etats-Unis, en cas de menace sur l'un des membres de l'Alliance atlantique. Brexit aura également des effets : Londres s'emploie à raviver les sentiments atlantistes du partenaire américain, et dans le même temps laisse entendre que le Royaume-Uni pourrait réduire, voire interrompre, sa coopération de sécurité et de défense entre Européens, afin de privilégier la seule OTAN. La France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne se sont déjà prononcées en faveur du renforcement de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), avec la mise en place d'un état-major permanent pouvant faire appel à des forces nationales6.

 

L'économie internationale réagit aussi au caractère imprévisible de la présidence Trump. Après avoir exercé son leadership pendant des décennies, Washington remet en cause les grands accords commerciaux internationaux ; la Chine en profite pour se présenter comme le défenseur du libre-échange. En dénonçant l'Accord de Paris sur le climat (COP21), le président des Etats-Unis a mis en péril des années de négociations, et là aussi, il laisse à d'autres (Chine, Inde, mais aussi aux Européens) la charge de défendre l'environnement, Washington se considérant pour l'instant comme dégagée de toute obligation à cet égard.

 

Mais la dépendance de l'UE à l'égard d'autres régions du monde restera forte dans de nombreux domaines : matières premières, énergie, investissements, marchés. S'il est vrai que le commerce intra-communautaire représente 62% de l'ensemble des échanges de l'UE, contre 38% avec le reste du monde (chiffres de 2015), de nombreux facteurs pourraient bouleverser ces proportions : vieillissement démographique dans de nombreux Etats-membres, effets du chômage sur la cohésion sociale, malaise urbain et suburbain, difficultés du monde agricole, modification des styles de vie.

 

Parmi les grandes puissances mondiales ou régionales, la Russie est pour l'UE un partenaire (fourniture de gaz, marché) en même temps qu'un concurrent (commercial, mais aussi en termes d'influence). Moscou cherche, encore et toujours, à enfoncer un coin entre les Etats-membres en traitant avec chacun séparément. La Chine en fait autant, pour les mêmes raisons. Et lorsque des responsables nationaux (français, britannique, italien, allemand, etc.) sont en visite en Chine ou en Russie, chacun y promeut avant tout ses intérêts nationaux, ce qui est normal. L'Inde, moins idéologisée que la Russie et la Chine, mais consciente de son importance croissante dans l'économie mondiale, entretient des rapports plus factuels avec les nations européennes. Les autres grands partenaires mondiaux ne voient pas, ou pas encore, leurs relations avec l'UE en termes de puissance ou de rapports de force, mais ceci pourrait changer assez rapidement dans la concurrence mondiale pour les matières premières et les marchés.

 

Sans doute mieux que d'autres régions ou pays, l'UE est bien préparée pour relever certains grands défis internationaux. Au cours de ses élargissements successifs, elle a compris l'importance d'une harmonisation des niveaux économiques d'un pays à l'autre, par l'utilisation de ses Fonds structurels pour la cohérence entre Etats-membres. Quand des amis d'autres continents viennent en Europe, ils sont frappés de voir les panneaux détaillant l'aide communautaire fournie pour la construction de tel pont ou de telle route, d'un centre de recherche scientifique ou d'une école professionnelle. De nos jours, l'UE constitue aussi le plus grand rassemblement mondial d'Etats réellement indépendants et démocratiques, chacun avec ses institutions, sa ou ses langue(s), ses références culturelles, ses traditions.

 

Brossé à grands traits, voilà le portrait de l'Union européenne dans le monde. La prochaine lettre tentera d'identifier quelques-uns des grands défis que l'UE, parmi les acteurs globaux, devra affronter demain.

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1  Les auteurs s'expriment ici à titre personnel et leurs opinions ne prétendent pas refléter les positions d'entités avec lesquelles ils pourraient avoir des liens. R. Stalder, citoyen suisse, ingénieur, a occupé des postes de direction en entreprise. J.-J. Subrenat, citoyen français, est un ancien diplomate. A partir d'un plan détaillé en français rédigé par Subrenat, la version en allemand a été rédigée par Stalder et révisée par Marthaler. La version en anglais, rédigée par Subrenat, a été revue par Carole Sunderland. Chacun assume la responsabilité pour sa version.

 

2  « Viellie Europe » : Ronald Rumsfeld, 2003, fustigeant la France et l'Allemagne qui refusaient de rejoindre l'occupation militaire de l'Irak, https://fr.wikipedia.org/wiki/Vieille_Europe

 

3  Dès 2014, la Chine occupait le premier rang mondial, ses réserves de change s'élevant à près de 4 mille milliards (412) de dollars américains, http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/01/15/97002-20140115FILWWW00287-chine-nouveau-record-des-reserves-de-change.php

 

5  Lawrence Summers, article dans Foreign Policy, janvier 1999.

 

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Published by JJS
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