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  • Membre/Member, NTIA IANA Functions' Stewardship Transition Coordination Group (2014~2016); Membre/Member, NetMundial Initiative Coordination Council (déc. 2014~2016); ICANN/ALAC (2010~14); ICANN Board (2007-10); diplomat(e) (1971-2005); ambassadeur/dor (1995-2005). Gouvernance; défis globaux / Governance; global challenges.
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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 09:10

Quelques grands défis d'avenir

par Roland Stalder, Jean-Jacques Subrenat, Daniel Marthaler1

 

31 mai 2017

 

Les précédentes lettres ont rappelé les origines de la construction européenne, tenté un bilan sommaire, puis évoqué la place de l'Union européenne dans le monde. Enfin, voici le rappel de quelques défis d'avenir que l'UE et ses Etats-membres devront relever.

 

Il y a d'abord la réalité démographique. Début 2016, la population de l'UE était estimée à 510 millions d'habitants2, derrière la Chine (1375 millions) et l'Inde (1331 millions) mais devant les Etats-Unis (321 millions) et la Russie (146 millions). L'État-membre le plus peuplé est l'Allemagne (82 millions), le moins peuplé étant Malte (0,4 million). L'UE fait déjà face à une évolution sans précédent : taux de natalité en baisse, vieillissement dans de nombreux pays, forts mouvements migratoires, modifications des structures familiales3. Ces tendances lourdes ont déjà un impact sur l'organisation sociale, l'économie, le budget de nombreux Etats-membres.

 

Aux Etats-Unis, il est prévu que la composante « blanche » de la population cessera d'être majoritaire vers 2050. Pour l'UE, les projections annoncent des changements tout aussi importants : ainsi, sur un vieux fond chrétien (catholique, orthodoxe, protestant) et juif, les migrations successives ont apporté d'autres croyances (musulmane, bouddhiste, hindouiste, bahaïste, sikhe...), dans le même temps que des pratiques religieuses diminuent et que s'accroît la proportion d'agnostiques et d'athées. Pendant ce temps, la foi musulmane et d'autres influences se sont étendues dans le monde, de sorte qu'on constate, plus encore que dans le passé, des évolutions différentes entre l'UE et d'autres régions ou pays. L'un des défis sera donc de donner à ces diverses composantes, non pas des raisons supplémentaires pour s'affronter, mais une éducation, des références démocratiques, un civisme communs pour garantir une bonne cohabitation. En démocratie, le communautarisme peut conduire au repli, à l'auto-isolement. A l'usage, on voit que le repli communautariste n'a pas grand chose en commun avec une diversité culturelle consentie et tolérante.

 

D'autres tendances menacent aussi la construction européenne et les valeurs sur lesquelles elle s'est faite. Face à la gestion chaotique des flux migratoires par de nombreux gouvernements, il y a eu des réactions fortes, et fort compréhensibles. Sur le long terme, la solution ne sera pas fournie par l'intolérance, mais par des principes clairs, une politique communautaire négociée, des procédures coordonnées et des moyens adéquats à l'échelle de l'UE.

 

D. Trump gouverne avec son compte Twitter, mais il n'est pas certain que sa méthode satisfasse une majorité de citoyens dans l'UE. L'extension des réseaux sociaux, les difficultés budgétaires des journaux, tout cela bouleverse le rôle et les moyens du « quatrième pouvoir » que les démocraties reconnaissent aux journalistes. Aux Etats-Unis, une résistance s'organise ou se renforce : l'American Civil Liberties Union (ACLU)4 a déjà gagné des procès en faveur des droits civiques, y compris contre un décret présidentiel de D. Trump ; le Center For Inquiry (CFI5) promeut l'éducation contre l'obscurantisme (tel l'endoctrinement créationniste aux Etats-Unis) et dénonce les atteintes à la dignité humaine sous des prétextes religieux (par exemple les peines pénales pour « blasphème » au Pakistan). Dans de nombreux pays européens on trouve des associations comparables, mais il est temps pour elles de rassembler leurs efforts pour accroître leur efficacité dans l'UE, et leur influence dans d'autres régions.

 

Il reste que les populations européennes se reconnaissent mal dans une UE qui fait la part belle aux intérêts et aux lobbies, alors que les déclarations officielles parlent de l'intérêt général. La crise d'identité européenne est à nos portes.

 

Les fondateurs de la construction européenne n'avaient pas une idée claire des frontières possibles ou souhaitables de l'Union. S'agissait-il de créer un lien fort entre Etats et peuples européens ? De relier entre elles les démocraties européennes dans un environnement hostile ? D'étendre son périmètre jusqu'à atteindre une taille critique en termes économiques ? L'objectif de l'UE est-il l'enrichissement de son marché commun, ou l'intégration économique et institutionnelle ?

 

Dans l'Union, les vues des dirigeants nationaux peuvent diverger, parfois fortement : les uns souhaitent aller vers une confédération, 'autres souhaitent s'en tenir au marché commun. Pour les premiers, une sécurité et défense commune est indispensable, ce que rejettent fermement les seconds.

 

Comme on l'a vu plusieurs fois depuis le début du 20ème siècle, un référendum national n'est pas le meilleur moyen de connaître les souhaits profonds de la population. Il faudra une autre forme de consultation, dissociée des enjeux politiques nationaux à court terme (élection présidentielle ou législative).

 

Le maintien des femmes dans un statut inférieur, les enfants privés d'une réelle éducation, la misère adossée à l'ignorance, la confiscation des perspectives d'avenir par la corruption et le favoritisme, toutes ces pratiques moyenâgeuses sont encore répandues dans le monde, et maintiennent l'impunité des dictateurs, ces hommes providentiels.

 

Avec toutes ses imperfections et même ses échecs, la construction européenne a eu la clairvoyance d'affirmer des principes et le courage de les mettre en œuvre. Même si de grands progrès restent à accomplir parmi les Etats-membres, leur union garantit, dans la majorité des cas, l'Etat de droit, la liberté d'expression, le choix d'avoir des croyances religieuses ou de n'en avoir pas, des libertés individuelles étendues. Les cultures, les langues, les traditions y sont libres et souvent encouragées.

 

Union ne veut pas dire unanimité. Martin Schulz, l’ancien président du parlement européen reconnaissait : « je suis moi-même un pro-européen convaincu et, en même temps, je ne suis pas d’accord avec tout. L’UE ne parvient pas à se montrer unie, face à de nombreux défis comme l’Ukraine, la Syrie ou encore les négociations en vue d’un Accord transatlantique de libre-échange »6.

 

L'avenir n'est pas écrit par avance, il dépend d'un faisceau d'attitudes et d'actions. Le rôle des dirigeants politiques et économiques est déterminant, mais cela ne nous dispense pas, nous citoyens et électeurs, de débattre et d'agir, chacun selon ses moyens.

 

Enfin, il existe des nations où la pratique démocratique est au moins équivalente à celle de l'UE, sinon supérieure sur certains points, par exemple la Suisse, voisine de quatre Etats-membres. L'avenir des relations entre la Confédération helvétique et l'UE fait l'objet de la 6ème et dernière lettre.

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1  Les auteurs s'expriment ici à titre personnel et leurs opinions ne prétendent pas refléter les positions d'entités avec lesquelles ils pourraient avoir des liens. R. Stalder, citoyen suisse, ingénieur, a occupé des postes de direction en entreprise. J.-J. Subrenat, citoyen français, est un ancien diplomate. D. Marthaler, citoyen suisse, est consultant en communication. A partir d'un plan détaillé en français rédigé par Subrenat, la version en allemand a été rédigée par Stalder et révisée par Marthaler. La version en anglais, rédigée par Subrenat, a été revue par Carole Sunderland. Chacun assume la responsabilité pour sa version.

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Published by JJS
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