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  • Membre/Member, NTIA IANA Functions' Stewardship Transition Coordination Group (2014~2016); Membre/Member, NetMundial Initiative Coordination Council (déc. 2014~2016); ICANN/ALAC (2010~14); ICANN Board (2007-10); diplomat(e) (1971-2005); ambassadeur/dor (1995-2005). Gouvernance; défis globaux / Governance; global challenges.
  • Membre/Member, NTIA IANA Functions' Stewardship Transition Coordination Group (2014~2016); Membre/Member, NetMundial Initiative Coordination Council (déc. 2014~2016); ICANN/ALAC (2010~14); ICANN Board (2007-10); diplomat(e) (1971-2005); ambassadeur/dor (1995-2005). Gouvernance; défis globaux / Governance; global challenges.

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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 09:10

Quelques grands défis d'avenir

par Roland Stalder, Jean-Jacques Subrenat, Daniel Marthaler1

 

31 mai 2017

 

Les précédentes lettres ont rappelé les origines de la construction européenne, tenté un bilan sommaire, puis évoqué la place de l'Union européenne dans le monde. Enfin, voici le rappel de quelques défis d'avenir que l'UE et ses Etats-membres devront relever.

 

Il y a d'abord la réalité démographique. Début 2016, la population de l'UE était estimée à 510 millions d'habitants2, derrière la Chine (1375 millions) et l'Inde (1331 millions) mais devant les Etats-Unis (321 millions) et la Russie (146 millions). L'État-membre le plus peuplé est l'Allemagne (82 millions), le moins peuplé étant Malte (0,4 million). L'UE fait déjà face à une évolution sans précédent : taux de natalité en baisse, vieillissement dans de nombreux pays, forts mouvements migratoires, modifications des structures familiales3. Ces tendances lourdes ont déjà un impact sur l'organisation sociale, l'économie, le budget de nombreux Etats-membres.

 

Aux Etats-Unis, il est prévu que la composante « blanche » de la population cessera d'être majoritaire vers 2050. Pour l'UE, les projections annoncent des changements tout aussi importants : ainsi, sur un vieux fond chrétien (catholique, orthodoxe, protestant) et juif, les migrations successives ont apporté d'autres croyances (musulmane, bouddhiste, hindouiste, bahaïste, sikhe...), dans le même temps que des pratiques religieuses diminuent et que s'accroît la proportion d'agnostiques et d'athées. Pendant ce temps, la foi musulmane et d'autres influences se sont étendues dans le monde, de sorte qu'on constate, plus encore que dans le passé, des évolutions différentes entre l'UE et d'autres régions ou pays. L'un des défis sera donc de donner à ces diverses composantes, non pas des raisons supplémentaires pour s'affronter, mais une éducation, des références démocratiques, un civisme communs pour garantir une bonne cohabitation. En démocratie, le communautarisme peut conduire au repli, à l'auto-isolement. A l'usage, on voit que le repli communautariste n'a pas grand chose en commun avec une diversité culturelle consentie et tolérante.

 

D'autres tendances menacent aussi la construction européenne et les valeurs sur lesquelles elle s'est faite. Face à la gestion chaotique des flux migratoires par de nombreux gouvernements, il y a eu des réactions fortes, et fort compréhensibles. Sur le long terme, la solution ne sera pas fournie par l'intolérance, mais par des principes clairs, une politique communautaire négociée, des procédures coordonnées et des moyens adéquats à l'échelle de l'UE.

 

D. Trump gouverne avec son compte Twitter, mais il n'est pas certain que sa méthode satisfasse une majorité de citoyens dans l'UE. L'extension des réseaux sociaux, les difficultés budgétaires des journaux, tout cela bouleverse le rôle et les moyens du « quatrième pouvoir » que les démocraties reconnaissent aux journalistes. Aux Etats-Unis, une résistance s'organise ou se renforce : l'American Civil Liberties Union (ACLU)4 a déjà gagné des procès en faveur des droits civiques, y compris contre un décret présidentiel de D. Trump ; le Center For Inquiry (CFI5) promeut l'éducation contre l'obscurantisme (tel l'endoctrinement créationniste aux Etats-Unis) et dénonce les atteintes à la dignité humaine sous des prétextes religieux (par exemple les peines pénales pour « blasphème » au Pakistan). Dans de nombreux pays européens on trouve des associations comparables, mais il est temps pour elles de rassembler leurs efforts pour accroître leur efficacité dans l'UE, et leur influence dans d'autres régions.

 

Il reste que les populations européennes se reconnaissent mal dans une UE qui fait la part belle aux intérêts et aux lobbies, alors que les déclarations officielles parlent de l'intérêt général. La crise d'identité européenne est à nos portes.

 

Les fondateurs de la construction européenne n'avaient pas une idée claire des frontières possibles ou souhaitables de l'Union. S'agissait-il de créer un lien fort entre Etats et peuples européens ? De relier entre elles les démocraties européennes dans un environnement hostile ? D'étendre son périmètre jusqu'à atteindre une taille critique en termes économiques ? L'objectif de l'UE est-il l'enrichissement de son marché commun, ou l'intégration économique et institutionnelle ?

 

Dans l'Union, les vues des dirigeants nationaux peuvent diverger, parfois fortement : les uns souhaitent aller vers une confédération, 'autres souhaitent s'en tenir au marché commun. Pour les premiers, une sécurité et défense commune est indispensable, ce que rejettent fermement les seconds.

 

Comme on l'a vu plusieurs fois depuis le début du 20ème siècle, un référendum national n'est pas le meilleur moyen de connaître les souhaits profonds de la population. Il faudra une autre forme de consultation, dissociée des enjeux politiques nationaux à court terme (élection présidentielle ou législative).

 

Le maintien des femmes dans un statut inférieur, les enfants privés d'une réelle éducation, la misère adossée à l'ignorance, la confiscation des perspectives d'avenir par la corruption et le favoritisme, toutes ces pratiques moyenâgeuses sont encore répandues dans le monde, et maintiennent l'impunité des dictateurs, ces hommes providentiels.

 

Avec toutes ses imperfections et même ses échecs, la construction européenne a eu la clairvoyance d'affirmer des principes et le courage de les mettre en œuvre. Même si de grands progrès restent à accomplir parmi les Etats-membres, leur union garantit, dans la majorité des cas, l'Etat de droit, la liberté d'expression, le choix d'avoir des croyances religieuses ou de n'en avoir pas, des libertés individuelles étendues. Les cultures, les langues, les traditions y sont libres et souvent encouragées.

 

Union ne veut pas dire unanimité. Martin Schulz, l’ancien président du parlement européen reconnaissait : « je suis moi-même un pro-européen convaincu et, en même temps, je ne suis pas d’accord avec tout. L’UE ne parvient pas à se montrer unie, face à de nombreux défis comme l’Ukraine, la Syrie ou encore les négociations en vue d’un Accord transatlantique de libre-échange »6.

 

L'avenir n'est pas écrit par avance, il dépend d'un faisceau d'attitudes et d'actions. Le rôle des dirigeants politiques et économiques est déterminant, mais cela ne nous dispense pas, nous citoyens et électeurs, de débattre et d'agir, chacun selon ses moyens.

 

Enfin, il existe des nations où la pratique démocratique est au moins équivalente à celle de l'UE, sinon supérieure sur certains points, par exemple la Suisse, voisine de quatre Etats-membres. L'avenir des relations entre la Confédération helvétique et l'UE fait l'objet de la 6ème et dernière lettre.

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1  Les auteurs s'expriment ici à titre personnel et leurs opinions ne prétendent pas refléter les positions d'entités avec lesquelles ils pourraient avoir des liens. R. Stalder, citoyen suisse, ingénieur, a occupé des postes de direction en entreprise. J.-J. Subrenat, citoyen français, est un ancien diplomate. D. Marthaler, citoyen suisse, est consultant en communication. A partir d'un plan détaillé en français rédigé par Subrenat, la version en allemand a été rédigée par Stalder et révisée par Marthaler. La version en anglais, rédigée par Subrenat, a été revue par Carole Sunderland. Chacun assume la responsabilité pour sa version.

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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 09:05

 

5.Brief - Die grossen Herausforderungen für die Zukunft

von Roland Stalder, Jean-Jacques Subrenat, Daniel Marthaler 1

31/05/2017

Die vorhergegangenen Briefe haben uns die Ursprünge des europäischen Projektes in Erinnerung gerufen. Wir haben versucht, summarisch Bilanz zu ziehen und den Platz der Europäischen Union in der Welt skizziert. Jetzt möchten wir uns mit einigen der Herausforderungen beschäftigen, welche die EU und ihre Mitgliedsstaaten anpacken müssen.

 

Zuerst die demographischen Realitäten. Anfangs 2016 zählte die EU geschätzte 510 Millionen Einwohner2. Weniger als China mit 1,375 Milliarden, Indien mit 1,331 Milliarden aber wesentlich mehr als die Vereinigten Staaten mit 321 Millionen und Russland mit 146 Millionen. Das bevölkerungsreichste Land der EU ist Deutschland mit 82 Millionen Einwohnern, das kleinste Malta mit 400'000 Einwohnern. Die EU muss sich bereits jetzt mit einer nie dagewesenen Entwicklung auseinandersetzen: Die Geburtenrate nimmt weiter ab, die Bevölkerung vieler Länder altert, traditionelle Familienstrukturen3 werden aufgebrochen und Migrationsbewegungen stellen die Länder vor neue soziale und kulturelle Herausforderungen. Diese schwerwiegenden Entwicklungen haben einen grossen Einfluss auf die sozialen Strukturen, die Wirtschaft und die Budgets zahlreicher Mitgliedsstaaten.

 

In den USA wird der weisse Bevölkerungsanteil im Jahre 2050 die Minderheit darstellen. In Europa werden die Veränderungen ebenso tiefgreifend sein. Die vorherrschenden Religionen Europas waren die Christen (Katholiken, Protestanten, Orthodoxen) und die Juden. Während immer weniger Christen in ihren Gemeinden aktiv sind und der Anteil an Atheisten und Agnostikern zunimmt, treten durch die Einwanderung neue, fremde Religionen (Moslem, Buddhisten, Hinduisten, Bahaisten, Sikhs usw.) immer mehr in Erscheinung. In Zukunft wird es darum gehen, Konfrontationen zwischen diesen Religionen und Kulturen zu vermeiden, Spannungen abzubauen und die Integration der Menschen durch Schulung und Bildung zu erreichen. Das Verständnis für unsere Demokratie und unsere Institutionen muss geweckt werden, damit das Zusammenleben auf der Grundlage gegenseitigen Respekts aber auch der Akzeptanz der herrschenden Kultur gestaltet werden kann. Die Gefahr des Kommunitarismus, also der Selbstisolation und der Rückzug in die Familie oder in eine Gruppe, sollte erkannt werden. Er stellt eine die Gesellschaft und die Demokratie auf die Probe.

 

Eine andere Gefahr für die Zukunft Europas und seine Werte ist der Nationalismus. Die EU war auf die Ankunft der Flüchtlingsströme aus Afrika und dem Nahen Osten nicht vorbereitet. Das chaotische Management der Flüchtlinge und Migrationsströme führte verständlicherweise zu starken, zum Teil gewalttätigen Reaktionen. Der Nationalismus mit seinen einfachen oder einfältigen Rezepten und seine Intoleranz kann jedoch nicht die Lösung sein. Eine EU Politik basierend auf klaren Prinzipien, akzeptiert von der Bevölkerung mit geordneten Verfahren und adäquaten Mitteln, wird zu Toleranz und Akzeptanz der Migranten führen. Angesichts der demographischen Herausforderungen braucht Europa einen gesunden Anteil an Einwanderung, um in Zukunft bestehen zu können.

 

Donald Trump regiert mit Wettermeldungen. Die Mehrheit der EU Bürger würde sich damit kaum zufriedengeben. Die Medien sind die sogenannte 4. Kraft in einer Demokratie, sie spielen eine äusserst wichtige Rolle im demokratischen Kräftemessen. Das Aufkommen der sozialen Netzwerke, die Verbreitung von Online Medien setzen die Zeitungen und traditionellen Medien unter starken finanziellen Druck und droht diese 4. Kraft zu schwächen.

 

In den USA hat sich bereit Widerstand organisiert. Die American Civil Liberties Union (ACLU)4 hat verschiedene gerichtliche Verfahren zu Gunsten der Bürgerrechte gewonnen, darunter auch gegen ein präsidentielles Dekret von Donald Trump. Das Center for Inquiry (CFI)5 fördert die Ausbildung gegen alle Formen von Obskurantismus (wie z.B. die Indoktrinierung durch die Kreationisten in den USA) und verurteilt die Verletzung der Menschenwürde durch religiösen Übereifer (z.B. die Gefängnisstrafen wegen «Blasphemie» in Pakistan). Wir finden in zahlreichen europäischen Ländern ähnliche Organisationen. Es ist jedoch an der Zeit, dass diese ihre Kräfte bündeln und ihre Wirkung in der EU und in anderen Regionen verstärken.

 

Die Europäische Union leidet auch an einer Identitätskrise. Die Bürger können sich schwer mit Brüssel identifizieren. Sie sehen in der EU eine Organisation der Eliten für die Eliten, ein Tummelfeld von Lobbyisten.

 

Die Gründerväter der EU hatten von den möglichen oder wünschenswerten Grenzen oder von der Grösse der Gemeinschaft keine klare Vorstellung. Ging es darum, eine stärkere Gemeinschaft in einem feindlichen Umfeld zu schaffen oder ging es darum eine kritische wirtschaftliche Grösse zu erreichen? Ging es darum einen gut funktionierenden gemeinsamen Markt zu bilden oder darum die wirtschaftliche und politische Integration zu fördern? In der Union gehen die Ansichten darüber weit auseinander. Die einen möchten eine Konföderation, andere möchten sich auf den gemeinsamen Markt beschränken. Für die ersten sind die Sicherheit und eine gemeinsame Verteidigung unabdingbar, etwas das die letzteren strikte verwerfen.

 

Nationale Referenden sind nicht die besten Mittel, um die tieferen Wünsche der Bevölkerung herauszufinden, wie wir es schon wiederholt im 20. Jahrhundert gesehen haben. Die EU braucht andere Formen der Volksbefragungen, welche nicht durch kurzfristige nationale Ziele beeinträchtigt werden (z.B. Parlaments- oder Präsidentenwahlen).

 

Die Welt kennt noch viele, zu viele mittelalterliche Praktiken, durch welche sich lokale Politiker ungestraft an der Macht halten: Die Unterdrückung der Frauen, Kinder, welche ohne Schulbildung aufwachsen, die Armut, durch Korruption und Begünstigung verbaute Zukunftsaussichten.

 

Das europäische Projekt zeichnet sich trotz allen Unzulänglichkeiten dadurch aus, dass es mit Weitsicht und Mut seine Grundsätze bestätigt und auch lebt. In den meisten Mitgliedstaaten sind der Rechtsstaat, die Meinungsäusserungsfreiheit, die Religionsfreiheit und die individuellen Freiheiten gesichert. Kulturen, Sprachen, Traditionen sind frei und oft gefördert.

 

«Union heisst nicht Uniformität»6 sagte Martin Schulz der ehemalige Präsident des europäischen Parlaments: «Ich bin selbst ein überzeugter Pro-Europäer und bin dennoch nicht mit allem einverstanden. Angesichts der vielen Herausforderungen, wie z.B. den Konflikten in der Ukraine und in Syrien oder den Verhandlungen über ein transatlantisches Handelsabkommen, gelingt es der EU nicht, geeint aufzutreten».

 

Die Zukunft kann nicht im vornherein geplant werden. Sie hängt von einer Fülle von Aktionen und Einstellungen ab. Die Rolle der politischen und wirtschaftlichen Führer ist entscheidend. Dies befreit uns jedoch nicht von der Pflicht, als Bürger mitzugestalten, jeder nach seinen Möglichkeiten.

 

Im sechsten und letzten Brief werden wir uns mit der Schweiz und ihrer schwierigen Beziehungen mit der EU befassen.

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1  Die Autoren äussern hier ihre persönliche Meinung aus. Diese steht in keinem Bezug zu Organisationen mit denen sie in Beziehung stehen könnten. R. Stalder, Schweizer Staatsbürger, Biochemiker, hat verschiedene Managementposten bekleidet. J.-J. Subrenat, französischer Staatsbürger, war Diplomat, D. Marthaler, Schweizer Staatsbürger, Biologe und Kommunikationsfachmann. Die Briefe wurden auf Französisch von Subrenat verfasst und von Stalder frei ins Deutsche übertragen und Marthaler überarbeitet. Jeder ist für seine Version verantwortlich.

 

3 Demographische Analyse Europas, http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catld=502&langld=fr

6 Martin Schulz zitiert durch Le Temps, https://www.letemps.ch/suisse/2014/10/15/suisse-entierement-eurosceptique

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 10:10

 

L'UE dans le monde

 

par Roland Stalder, Jean-Jacques Subrenat, Daniel Marthaler1

 

30 mai 2017

 

Les amateurs de grandes fresques ont pu dépeindre le XIXème comme le siècle européen et le XXème comme le siècle américain. Les mêmes prédisent que le XXIème sera le siècle de l'Asie et du Pacifique. Au vu des tendances actuelles, il n'est pas certain que les catégories forgées au lendemain de la deuxième guerre mondiale resteront valables tout au long du 21ème siècle. Les divisions idéologiques entre Est et Ouest, entre communisme et capitalisme, entre pays dynamiques et « vieille Europe2 » sont dépassées. Pour ne prendre qu'un exemple, aujourd'hui la Chine est à la fois le 2ème pays capitaliste du monde, certes avec ses propres caractéristiques, et celui du parti unique le plus puissant de la planète ; l'Etat y dispose des plus grandes réserves de change mondiales3, tandis que sa population comprend à la fois un grand nombre d'ultra-riches et des dizaines de millions de personnes en mode de subsistance.

 

Dans un monde si changeant, que représente l'Europe aux yeux des autres régions, et comment l'Union européenne peut-elle se définir à l'échelle globale ?

 

En 1970, Henry Kissinger demandait avec condescendance : « L'Europe ? Quel numéro de téléphone dois-je appeler ? »4. Il avait en partie raison, car la CEE de l'époque manquait de visibilité. Aujourd'hui on pourrait d'ailleurs retourner la politesse : ces temps-ci à Washington, vaut-il mieux appeler D. Trump lui-même, ou son principal stratège S. Bannon, ou son gendre J. Kushner ? La condescendance n'est jamais bonne conseillère en diplomatie, comme le sait aussi Lawrence Summers qui, président de la Réserve fédérale, écrivait en 1999, quelques mois avant le lancement officiel de l'Euro, « la monnaie européenne ne verra peut-être jamais le jour »5.

 

L'entrée éventuelle des Etats-Unis dans une nouvelle phase d'isolationnisme pourrait entraîner des conséquences à l'échelle mondiale. Le président Trump fait douter de l'engagement des Etats-Unis, en cas de menace sur l'un des membres de l'Alliance atlantique. Brexit aura également des effets : Londres s'emploie à raviver les sentiments atlantistes du partenaire américain, et dans le même temps laisse entendre que le Royaume-Uni pourrait réduire, voire interrompre, sa coopération de sécurité et de défense entre Européens, afin de privilégier la seule OTAN. La France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne se sont déjà prononcées en faveur du renforcement de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), avec la mise en place d'un état-major permanent pouvant faire appel à des forces nationales6.

 

L'économie internationale réagit aussi au caractère imprévisible de la présidence Trump. Après avoir exercé son leadership pendant des décennies, Washington remet en cause les grands accords commerciaux internationaux ; la Chine en profite pour se présenter comme le défenseur du libre-échange. En dénonçant l'Accord de Paris sur le climat (COP21), le président des Etats-Unis a mis en péril des années de négociations, et là aussi, il laisse à d'autres (Chine, Inde, mais aussi aux Européens) la charge de défendre l'environnement, Washington se considérant pour l'instant comme dégagée de toute obligation à cet égard.

 

Mais la dépendance de l'UE à l'égard d'autres régions du monde restera forte dans de nombreux domaines : matières premières, énergie, investissements, marchés. S'il est vrai que le commerce intra-communautaire représente 62% de l'ensemble des échanges de l'UE, contre 38% avec le reste du monde (chiffres de 2015), de nombreux facteurs pourraient bouleverser ces proportions : vieillissement démographique dans de nombreux Etats-membres, effets du chômage sur la cohésion sociale, malaise urbain et suburbain, difficultés du monde agricole, modification des styles de vie.

 

Parmi les grandes puissances mondiales ou régionales, la Russie est pour l'UE un partenaire (fourniture de gaz, marché) en même temps qu'un concurrent (commercial, mais aussi en termes d'influence). Moscou cherche, encore et toujours, à enfoncer un coin entre les Etats-membres en traitant avec chacun séparément. La Chine en fait autant, pour les mêmes raisons. Et lorsque des responsables nationaux (français, britannique, italien, allemand, etc.) sont en visite en Chine ou en Russie, chacun y promeut avant tout ses intérêts nationaux, ce qui est normal. L'Inde, moins idéologisée que la Russie et la Chine, mais consciente de son importance croissante dans l'économie mondiale, entretient des rapports plus factuels avec les nations européennes. Les autres grands partenaires mondiaux ne voient pas, ou pas encore, leurs relations avec l'UE en termes de puissance ou de rapports de force, mais ceci pourrait changer assez rapidement dans la concurrence mondiale pour les matières premières et les marchés.

 

Sans doute mieux que d'autres régions ou pays, l'UE est bien préparée pour relever certains grands défis internationaux. Au cours de ses élargissements successifs, elle a compris l'importance d'une harmonisation des niveaux économiques d'un pays à l'autre, par l'utilisation de ses Fonds structurels pour la cohérence entre Etats-membres. Quand des amis d'autres continents viennent en Europe, ils sont frappés de voir les panneaux détaillant l'aide communautaire fournie pour la construction de tel pont ou de telle route, d'un centre de recherche scientifique ou d'une école professionnelle. De nos jours, l'UE constitue aussi le plus grand rassemblement mondial d'Etats réellement indépendants et démocratiques, chacun avec ses institutions, sa ou ses langue(s), ses références culturelles, ses traditions.

 

Brossé à grands traits, voilà le portrait de l'Union européenne dans le monde. La prochaine lettre tentera d'identifier quelques-uns des grands défis que l'UE, parmi les acteurs globaux, devra affronter demain.

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1  Les auteurs s'expriment ici à titre personnel et leurs opinions ne prétendent pas refléter les positions d'entités avec lesquelles ils pourraient avoir des liens. R. Stalder, citoyen suisse, ingénieur, a occupé des postes de direction en entreprise. J.-J. Subrenat, citoyen français, est un ancien diplomate. A partir d'un plan détaillé en français rédigé par Subrenat, la version en allemand a été rédigée par Stalder et révisée par Marthaler. La version en anglais, rédigée par Subrenat, a été revue par Carole Sunderland. Chacun assume la responsabilité pour sa version.

 

2  « Viellie Europe » : Ronald Rumsfeld, 2003, fustigeant la France et l'Allemagne qui refusaient de rejoindre l'occupation militaire de l'Irak, https://fr.wikipedia.org/wiki/Vieille_Europe

 

3  Dès 2014, la Chine occupait le premier rang mondial, ses réserves de change s'élevant à près de 4 mille milliards (412) de dollars américains, http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/01/15/97002-20140115FILWWW00287-chine-nouveau-record-des-reserves-de-change.php

 

5  Lawrence Summers, article dans Foreign Policy, janvier 1999.

 

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 10:05

 

Die EU in der Welt

von Roland Stalder, Jean-Jacques Subrenat, Daniel Marthaler 1

     

    30.05.2017

     

    Historiker beschreiben das neunzehnte Jahrhundert als das Jahrhundert Europas und das zwanzigste als jenes Amerikas. Die Gleichen sehen das einundzwanzigste Jahrhundert als jenes Asiens und des Pazifiks. Es ist unwahrscheinlich, dass die nach dem Zweiten Weltkrieg geschaffene Weltordnung auch im 21. Jahrhundert Bestand haben wird. Die ideologische Spaltung zwischen Ost und West, zwischen Kommunismus und Kapitalismus, zwischen dynamischen aufstrebenden Staaten und dem «alten Europa»2 besteht nicht mehr. China zum Beispiel ist gleichzeitig das zweitwichtigste kapitalistische Land der Welt, gewiss mit eigenen Werten, und jenes mit der mächtigsten kommunistischen Partei des Globus. Der Staat besitzt weltweit die grössten Währungsreserven3 während das Land eine grosse Zahl von Ultrareichen und gleichzeitig Dutzende Millionen von armen Bürgern zählt.

     

    Was bedeutet Europa in dieser sich schnell ändernden Welt für die anderen Länder? Wie kann sich die Europäische Union im Konzert der Nationen definieren?

     

    1970 fragte Henry Kissinger in einem herablassenden Ton: «Europa? Welche Telefonnummer muss ich wählen?»4. Er hatte nicht Unrecht, denn es fehlte der damaligen EWG Zusammenhalt und Sichtbarkeit. Heute könnten wir ebenso schnippisch erwidern: «Sollen wir heute in Washington besser Donald Trump, seinen Chefstrategen S. Bannon oder gar Trumps Tochter oder ihren Mann anrufen»? In der Diplomatie ist Herablassung immer eine schlechte Wahl, wie auch Lawrence Summer erfahren musste, als er 1999 einige Monate vor der Einführung der Euro schrieb: «Die europäische Währung wird nie das Tageslicht erblicken».5

     

    Der neue Isolationismus der Vereinigten Staaten könnte globale Konsequenzen nach sich ziehen. Die Äusserungen Donald Trumps lassen Zweifel an der amerikanischen Bündnistreue in der NATO aufkommen. Der Brexit wird auch seine Auswirkungen haben. London belebt seine atlantische Partnerschaft wieder und lässt verlauten, dass es sein Engagement in der gemeinsamen Aussen- und Sicherheitspolitik (GASP) der Europäischen Union zu Gunsten der NATO verkleinern oder aufgeben könnte. Frankreich, Deutschland, Italien und Spanien haben sich bereits für die Verstärkung der gemeinsamen Aussen- und Sicherheitspolitik ausgesprochen und haben einen permanenten Stab eingesetzt, welcher die nationalen Sicherheitskräfte anfordern kann.6

     

    Der unvorhersehbare Charakter Trumps hat auch Auswirkungen auf die globale Wirtschaft. Nach Jahrzehnten einer Führerrolle steht Washington offenbar nicht mehr unbedingt hinter den wichtigen internationalen Handelsabkommen. Davon profitiert jetzt China, welches sich als Wortführer des Freihandels positioniert. Der Präsident der Vereinigten Staaten gefährdet mit der Aufkündigung des Pariser Klimaabkommens Jahre von Verhandlungen und überlässt es unter anderem China, Indien und auch Europa, die beschlossenen Klimaziele zu verteidigen. Die USA fühlen sich von allen Verpflichtungen befreit.

     

    Die EU bleibt in vielen Bereichen von anderen Regionen abhängig: Rohstoffe, Energie, Investitionen, Märkte. Der Anteil des innereuropäischen Handels beträgt 62% verglichen mit den 38% des Aussenhandels (Zahlen von 2015). Mehrere Faktoren könnten diese Verteilung verändern: Die Demographie, eine alternde Bevölkerung in den Mitgliedstaaten, die Auswirkungen der Arbeitslosigkeit auf die soziale Kohäsion, das Malaise in der Urbanisierung, Schwierigkeiten in der Landwirtschaft, Wechsel des Lebensstils.

     

    Russland ist für Europa ein wichtiger Handelspartner (Gas, wichtiger Absatzmarkt) und gleichzeitig ein Konkurrent (wirtschaftlich und auf Grund des Gesellschaftsmodells). Moskau versucht immer wieder, einen Keil zwischen die Mitgliedstaaten der EU zu treiben, indem es versucht, bilateral mit ihnen zu verhandeln. China betreibt eine ähnliche Politik aus denselben Gründen. Wenn französische, britische, italienische oder deutsche Regierungsvertreter in Moskau weilen, vertreten sie natürlich ihre nationalen Interessen. Indien, das sich seiner wirtschaftlichen Bedeutung bewusst ist, aber weniger ideologisiert ist als Russland oder China, unterhält fachbezogenere Beziehungen zur EU. Die anderen grossen Partner betreiben ihre Beziehungen zur EU nicht oder noch nicht auf Augenhöhe, sehen Europa noch nicht als wichtigen Machtfaktor im internationalen Spiel der Kräfte. Das könnte sich sehr schnell ändern, wenn es um den Vorrang zum Zugang zu Rohstoffen oder neuen Märkten geht.

     

    Zweifellos ist Europa besser vorbereitet als andere Länder oder Regionen, die grossen internationalen Herausforderungen anzunehmen. In Verlaufe der Entwicklung und Vergrösserung der Union hat es verstanden, wie wichtig die Angleichung des wirtschaftlichen Niveaus der Mitgliedstaaten durch Strukturfonds ist, um die Kohäsion unter den Mitgliedern zu verstärken. Besucher aus anderen Kontinenten sind erstaunt, wie detailliert die europäischen Pläne für die Strukturhilfe zum Beispiel beim Bau einer Brücke, einer Strasse, einer Forschungseinrichtung oder einer Berufsschule sind. Heute ist die EU die weltweit grösste Gruppe von wirklich unabhängigen, demokratischen Staaten. Jeder hat seine eigenen Institutionen, die eigene Sprache oder Sprachen, seine Kultur und seine Traditionen.

     

    So sieht das Bild Europas in der Welt aus, welches man mit groben Pinselstrichen malen könnte. Der nächste Brief wird sich mit den grossen Herausforderungen befassen, welche die EU wie auch alle andern Länder des Globus annehmen müssen, um die Zukunft meistern zu können.

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    1Die Autoren äussern hier ihre persönliche Meinung aus. Diese steht in keinem Bezug zu Organisationen mit denen sie in Beziehung stehen könnten. R. Stalder, Schweizer Staatsbürger, Biochemiker, hat verschiedene Managementposten bekleidet. J.-J. Subrenat, französischer Staatsbürger, war Diplomat, D. Marthaler, Schweizer Staatsbürger, Biologe und Kommunikationsfachmann. Die Briefe wurden auf Französisch von Subrenat verfasst und von Stalder frei ins Deutsche übertragen und Marthaler überarbeitet. Jeder ist für seine Version verantwortlich.

     

    2 «Das alte Europa», 2003; Ronald Rumsfeld stellte Frankreich und Deutschland an den Pranger, welche es ablehnten sich an der militärischen Besetzung des Iraks zu beteiligen, https://fr.wikipedia.org/wiki/Vieille_Europe

     

    3 China belegt seit 2014 den ersten Rang. Seine Währungsreserven betrugen etwa 4 Billionen US Dollars, http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/01/15/97002-20140115FILWWW00287-chine-nouveau-record-des-reserves-de-change.php

     

    5 Lawrence Summers, Foreign Policy, January 1999

     

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    30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 10:00

     

    The EU in a global context

    by Roland Stalder, Jean-Jacques Subrenat, Daniel Marthaler1

     

    30 May 2017

     

    All manner of commentators have described the 19th as the European Century and the 20th as the American Century. Now the prediction is that the 21st will be the Asian and Pacific Century. But if current trends are any indication, we cannot be sure that the distinctions which developed after World War 2 will remain valid throughout the 21st century. The ideological divide between East and West, the irreconcilable antagonism of Communism and Capitalism, the contrast between emerging countries and « Old Europe2 », none of these render an accurate account of today's complex world. Just to take one example, China is now the second-largest capitalist country - admittedly with its own characteristics – while still being ruled by the most powerful single-party system on the planet. The central authority in China holds the world's largest foreign exchange reserves, and the country has a large number of ultra-wealthy citizens, while tens of millions people still live at subsistence levels.

     

    In a world so prone to change, how do other regions see Europe, and how can the European Union (EU) be defined on a global scale?

     

    In 1970 Henry Kissinger asked condescendingly « Europe? What telephone number should I call? »3. He was partly right, as the then EEC lacked visibility. But today, the same question could be put to Washington: would it be more advisable to call President Trump himself, or his chief strategist Steve Bannon, or his chief advisor and son-in-law Jared Kushner? Condescension has never been a great tool for diplomacy, as someone like Lawrence Summers discovered: in 1999, when he was Chairman of the Federal Reserve, and just a few months before the the Euro currency was officially launched, he made this prediction: « the Euro may never be implemented »4.

     

    If the United States were to enter a new phase of isolationism, their decision would have global consequences. In less than 3 months, President Trump has jeopardized the long-standing trust in the United States, and its Allies are no longer confident of its commitment to the Atlantic Alliance. Brexit will also come with a range of consequences: while the government in London is busy wooing Washington back into their Special Relationship, it is making known that it might withdraw from European security and defence to concentrate on NATO. It is no wonder then that France, Germany, Italy and Spain are keen to reinforce the European Security and Defence Policy (ESDP), and are calling for a permanent European command centre which would coordinate national armed forces in joint operations5.

     

    The Trump Presidency is also affecting the global economy. After exercising its leadership over many decades, Washington is calling into question some major international trade arrangements, so China is now free to present itself as the new champion and protector of free trade. By calling into question the Paris Agreement on Climate6 (COP21), the US President has jeopardized years of negotiations and is leaving environment protection to other countries (China, India, but also Europeans), because Washington now considers itself freed from any obligation in this respect, at least temporarily.

     

    Europe will remain highly dependent on other parts of the world in many ways: raw materials, energy, investments, markets. It is true that trade among its Member States accounts for 62% of all EU trade, against 38% with the rest of the world (2015 figures), but many factors could bring about rapid and deep change: in several EU Member States the population is ageing, mass unemployment is taking its toll on social cohesiveness, urban and suburban unrest begets violence, the agricultural sector is going through difficult times, and lifestyles are undergoing rapid change.

     

    Among world and/or regional powers, Russia remains an important partner for the EU as a prime supplier of gas and as an important market, but at the same time it is a competitor, both commercially and in wielding influence in Europe and beyond. Moscow is continually trying to drive a wedge between EU Member States by dealing with each separately. China does the same, and for the same reasons. And when national leaders (from France, the UK, Germany, Italy, etc.) visit China or Russia, quite naturally they promote the national interest first and foremost. India's approach is less ideologically motivated than that of Russia or China, but Delhi, now highly conscious of its growing stature in the world economy, has matter-of-fact relations with European nations. Other important partners around the world do not, or not yet, view their relations with the EU as a power game, but this could change quite rapidly with the quickening pace of global competition for ressources and markets.

     

    Arguably, the EU is better prepared than most regions to face some of today's global challenges. Through its successive enlargements, the EU has become very aware of the importance of economic harmony among Member States, using its Structural Funds to facilitate intra-EU cohesiveness. When visitors from other parts of the world come to EU countries, they are struck by the signboards where EU funding in the construction of a bridge or road, a science laboratory or a vocational school is clearly spelled out. Above all else, we need to remind ourselves that in today's world, the EU is the single largest entity made up of truly independent and democratic States, each with its institutions, its language(s), its cultural references, its traditions.

     

    Roughly sketched, this is a portrait of the EU in the world context. The next Letter will address some of the challenges facing the EU as a global actor.

    - - - - - - - - - - - - - -

    1The personal opinions of the authors do not purport to reflect the positions of institutions or bodies to which they may be linked. R. Stalder, a Swiss national, is an engineer who has held executive positions in industry. J.-J. Subrenat, a French national, is a retired diplomat. D. Marthaler, a Swiss national, is a communications consultant. Subrenat wrote the French version, while Stalder drafted and Marthaler reviewed the German version. The English version was drafted by Subrenat and reviewed by Carole Sunderland. Each assumes responsibility for his linguistic version.

     

    2« Old Europe » : Ronald Rumsfeld, 2003, criticized France and Germany for refusing to take part in the military occupation of Iraq, https://en.wikipedia.org/wiki/Old_Europe_(politics)

     

    4Lawrence Summers, article in Foreign Policy, January 1999.

     

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    28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 17:40

     L'Union européenne : quel bilan ?

    par Roland Stalder, Jean-Jacques Subrenat, Daniel Marthaler *

    28 mai 2017

    Soixante années se sont écoulées depuis la signature du Traité de Rome. Tout bilan suppose que l'on compare les résultats aux intentions. En examinant les résultats, bons ou mauvais, il est utile de distinguer ce qui est imputable à l'action -ou l'inaction- de l'ensemble européen lui-même, et ce qui relève de phénomènes plus larges, parfois à l'échelle mondiale.

     

    Parmi les griefs faits à l'UE, on trouve pêle-mêle le prétendu abandon de souveraineté nationale des Etats-membres, le renchérissement du coût de la vie depuis l'introduction de l'Euro, une plus grande insécurité intérieure en raison de l'accueil massif de réfugiés, une criminalité en hausse... On semble oublier qu'aucune directive n'est prise à Bruxelles sans l'approbation des Etats-membres (unanime ou majoritaire, selon les sujets), et qu'aucune directive n'est applicable dans un Etat tant qu'elle n'a pas été transcrite dans le droit national dudit pays.

     

    Pour autant, les critiques justifiées ne manquent pas : au fil des décennies, les institutions européennes, avec l'accord ou par habitude de représentants nationaux restés trop longtemps à Bruxelles, ont accumulé une quantité invraisemblable de règlements couvrant un vaste domaine de politiques publiques dans l'UE. Effectivement, le principe de subsidiarité1 selon lequel tout dossier doit d'abord être traité au niveau le plus proche du citoyen et de l'usager, n'a pas toujours été respecté. Certains pays souhaitent en revenir à une réglementation nationale sur certains produits (par exemple le tabac à chiquer en Suède), ou sur des habitudes alimentaires (produits fermentés, par exemple).

     

    Un reproche grave revient souvent dans les média : le non-respect de la volonté d'un peuple. Dans le cas de la France, le référendum de 2005 a abouti au rejet du Traité constitutionnel de l'UE. Le référendum organisé aux Pays-Bas a produit un résultat similaire. Mais il faut reconnaître que les Etats-membres, en adoptant le Traité de Lisbonne en 2007, ont repris de nombreuses dispositions du projet de 20052. Rappelons qu'un référendum national ne peut être organisé que par le gouvernement du pays, et l'UE en tant qu'institution n'intervient absolument pas. Il est donc fallacieux -et injuste- d'attribuer à l'Union le résultat d'un référendum national, qu'il soit positif ou négatif.

     

    D'ailleurs, nombreux sont les gouvernements qui ont agité l'épouvantail du « c'est la faute à Bruxelles » pour tenter d'expliquer des échecs nationaux : baisse de compétitivité, désindustrialisation, accroissement du chômage, baisse du pouvoir d'achat, rupture de la solidarité sociale, malaise, violence. Dans le cas du Royaume-Uni, la propagande visant le projet européen a été exacerbée par les média du groupe Murdoch, dont le fondateur n'est pas citoyen britannique, mais australien et états-unien. Ces mêmes arguments sont repris en France (Front national et France insoumise), en Autriche (Österreichische Volkspartei), au Royaume-Uni (UKIP et une partie du Parti conservateur) pour ne citer que ceux-là.

     

    Et que dire d'un président des Etats-Unis encourageant d'autres Etats-membres de l'UE à « suivre l'exemple du Brexit » ? Sur le ton de la plaisanterie, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, annonce que désormais il va promouvoir la sécession de l'Ohio et du Texas. Juncker a raison : devant une ingérence aussi grossière, le mieux est d'en rire.

     

    D'autres critiques sont justifiées, par exemple l'insuffisante coordination sur les mouvements migratoires touchant l'UE. Certaines capitales se sont déclarées prêtes à accueillir tel ou tel nombre de migrants ou de réfugiés, sans s'être d'abord assurées de la réalité sociale et des capacités logistiques des pays de passage (comme la Bulgarie dans l'UE, ou la Turquie hors UE), ni des procédures à suivre par les Etats-membres pour les accueillir, héberger, soigner, nourrir, former, insérer dans la société. Cette absence de politique et de moyens concertés fait porter à quelques pays une charge disproportionnée en termes de capacités d'accueil, de tensions sociales, de coûts budgétaires (Italie, Grèce, pays des Balkans, Turquie). En outre, l'encadrement insuffisant aux frontières de l'UE, l'insuffisante harmonisation des contrôles, aggravent le risque d'infiltration d'éléments susceptibles de mener des actions terroristes dans les Etats-membres.

     

    Comme l'ont montré les drames humains de Lampedusa, de Rhodes, de Calais et d'ailleurs, il est temps de revoir les Accords de Schengen, non pas en rejetant ses principes, mais en les révisant, en rendant le système fiable et soutenable à long terme. Cela ne pourra pas se faire sans définir clairement une politique commune et des moyens efficaces en matière migratoire.

     

    Les recommandations sur l'avenir de l'UE sont nombreuses, allant de corrections sectorielles (par exemple la simplification des règlements agricoles) à une réforme d'ensemble (révision des traités, nouvelle distribution des compétences entre Etats-membres et institutions européennes). Mais pour qu'une réforme soit suivie d'effets, il faut que les Etats-membres cessent de blâmer les institutions européennes pour des résultats imputables à des politiques nationales, ou à une mauvaise application d'orientations communes. En effet, la poursuite de la construction européenne ne pourra pas se faire contre l'opinion publique.

     

    A notre époque, le succès ou l'insuccès s'exprime le plus souvent en chiffres. Rappelons donc qu'avec environ 7% de la population mondiale, l'UE représente aujourd'hui 22% du PIB mondial, ou 17% en termes de parité du pouvoir d'achat. Dans le commerce global, l'UE représente environ 15% des marchandises et 16% des services (chiffres de 20143). Créée en 1999, l'Euro est maintenant la deuxième monnaie mondiale par le montant des transactions, derrière le dollar américain et devant le yuan chinois. Depuis octobre 2006, l'Euro représente le plus grand montant de billets et de pièces de monnaie en circulation à l'échelle globale.

     

    Soixante ans après le Traité de Rome, l'UE peut également s'apprécier de façon non chiffrée. L'absence de conflits entre Etats-membres est un résultat important, même si nos jeunes n'y prêtent pas attention, tant cela leur paraît normal. Mais il faut rester vigilant : à peine la première ministre britannique avait-elle envoyé sa lettre de divorce à l'UE, que des tensions sont apparues entre Londres et Madrid, le ministre britannique de la défense menaçant l'Espagne de représailles militaires en cas de mise en cause du statut de Gibraltar4.

     

    Au cours des dernières décennies, de nombreux projets régionaux ont pris l'Union européenne comme modèle : le Mercosur en Amérique latine5, le Caricom dans la Caraïbe6, l'Union africaine en Afrique7, l'ASEAN en Asie du Sud-Est8, et même l'Union eurasiatique d'inspiration russe9. Comme l'indiquait Jeremy Rifkin en 2004 dans « Le rêve européen10», de nombreux pays émergeants ou nouvellement indépendants se sont inspirés des avancées législatives, sociales, économiques, monétaires de l'UE pour leur propre modernisation ; selon lui, le modèle européen a eu une plus grande influence que le modèle des Etats-Unis sur les politiques publiques innovantes.

     

    A notre époque, les pays et régions ne peuvent pas vivre durablement à l'écart. Le succès de l'UE et des pays qui la composent dépendra donc de leur interaction avec le reste du monde : c'est ce que la quatrième lettre se propose d'aborder.

     

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    Les auteurs s'expriment ici à titre personnel et leurs opinions ne prétendent pas refléter les positions d'entités avec lesquelles ils pourraient avoir des liens. R. Stalder, citoyen suisse, ingénieur, a occupé des postes de direction en entreprise. J.-J. Subrenat, citoyen français, est un ancien diplomate. A partir d'un plan détaillé en français rédigé par Subrenat, la version en allemand a été rédigée par Stalder et révisée par Marthaler. La version en anglais, rédigée par Subrenat, a été revue par Carole Sunderland. Chacun assume la responsabilité pour sa version.

    1  Principe de subsidiarité, voir : http://www.europarl.europa.eu/ftu/pdf/fr/FTU_1.2.2.pdf

    Valéry Giscard d'Estaing, qui présida les travaux, déclarera plus tard : « Ils sont partis du texte du traité constitutionnel, dont ils ont fait éclater les éléments, un par un, en les renvoyant, par voie d'amendements aux deux traités existants de Rome (1957) et de Maastricht (1992). (...) La conclusion vient d'elle-même à l'esprit. Dans le traité de Lisbonne, rédigé exclusivement à partir du projet de traité constitutionnel, les outils sont exactement les mêmes. Seul l'ordre a été changé dans la boîte à outils. La boîte, elle-même, a été redécorée, en utilisant un modèle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l'on cherche ». Voir le paragraphe « Reformulation du texte dans le Traité de Lisbonne » dans https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9f%C3%A9rendum_fran%C3%A7ais_sur_le_trait%C3%A9_%C3%A9tablissant_une_constitution_pour_l%27Europe

    Site officiel de l'Union africaine, http://www.au.int/ ; également dans Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_africaine

    ASEAN, Association of South-East Asian Nations, ASEAN en français, http://asean.org/

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    28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 17:38

     

    Europäische Union - Welche Bilanz?

    von Roland Stalder, Jean-Jacques Subrenat, Daniel Marthaler *

     

    28.05.2017

    Seit dem Abschluss der Römer Verträge sind 60 Jahre vergangen. Um eine Bilanz ziehen zu können, müssen wir die erreichten Resultate mit den ursprünglichen Absichten vergleichen. Wir sollten dabei unterscheiden, was durch bewusste Aktion oder durch Untätigkeit der EU oder der Mitgliedstaaten erreicht wurde und was das Resultat grösserer, manchmal globaler Phänomene ist.


     

    Wir finden in den Medien viel Kritik an der EU, angefangen vom Verlust der Souveränität der Mitgliedstaaten, über die vom Euro verursachte Teuerung, die zunehmende innere Unsicherheit und Zunahme der Kriminalität infolge der massiven Immigration und der Aufnahme von Flüchtlingen. Dabei wird leicht vergessen, dass alle Entscheidungen in Brüssel mit der Zustimmung aller oder der Mehrheit der Mitgliedstaaten gefällt werden. Keine Direktive kommt in einem Mitgliedsland zur Anwendung, ohne dass sie zuvor in das nationale Recht aufgenommen wurde. Es sind also die Mitgliedstaaten selbst, welche in erster Linie für die Probleme der EU verantwortlich sind.


     

    Natürlich gibt es berechtigte Kritik: Im Verlaufe der Jahrzehnte haben die europäischen Behörden eine Unzahl von Verordnungen und Reglementen in den verschiedensten Bereichen generiert. Dies immer mit Zustimmung oder Duldung der nationalen Vertreter, die vielleicht zulange in Brüssel postiert waren. Tatsächlich wurde das Subsidiaritätsprinzip1 nicht genügend beachtet. Es verlangt, dass jedes Dossier möglichst bürgernah, das heisst auf dem untersten administrativen Level, behandelt wird. Einige Mitgliedsstaaten möchten deshalb wieder zu mehr nationaler Gesetzgebung zurückkehren – als Beispiel seien die Regulierung des Kautabaks in Schweden oder die Lebensmittelgesetzgebung (z.B. fermentierte Produkte) erwähnt.


     

    Aus den Medien hören wir häufig einen schwerwiegenden Vorwurf: Die Verachtung des Volkswillens. In Frankreich wurde 20052 der europäische Vertragsentwurf in einem Referendum abgelehnt. Das Referendum in den Niederlanden hatte zum gleichen Ergebnis geführt. Trotzdem haben die Mitgliedstaaten im Vertrag von Lissabon viele Dispositionen des Verfassungsprojektes übernommen. Ein nationales Referendum kann nur durch die Regierung des betroffenen Landes organisiert werden. Brüssel interveniert dabei nicht. Es ist deshalb fadenscheinig und falsch, der Union den Ausgang eines Referendums mit positivem oder negativem Ausgang anzulasten.


     

    Zahlreiche Regierungen malten das Schreckgespenst des Brüsseler Diktates an die Wand, um nationale Probleme und Fehler zu erklären: Verlust an Wettbewerbsfähigkeit, Desindustrialisierung, Zunahme der Arbeitslosigkeit, Schwächung der Kaufkraft, Bruch mit der sozialen Solidarität, Gewalt, allgemeines Malaise. Im Falle Grossbritanniens wurde die antieuropäische Stimmung durch die Murdoch Medien verstärkt, deren Besitzer nicht einmal britischer Staatsbürger ist. Murdoch besitzt einen amerikanischen und einen australischen Pass. Diese Europa-feindlichen Argumente werden in Frankreich vom Front National, in Österreich von der Freiheitlichen Partei Österreichs (FPÖ) und in Grossbritannien von der UKIP, um nur diese zu nennen, übernommen.


     

    Was sollen wir von den Aussagen des amerikanischen Präsidenten halten, wenn er andere EU Mitglieder ermutigt, dem Beispiel des Brexits zu folgen? Im Witz hat Jean-Claude Juncker, der Präsident der europäischen Kommission, angekündigt, dass er zukünftig die Sezession der Staaten Ohio und Texas unterstützen würde. Juncker hat recht. Angesichts solch krasser Einmischung ist Humor die beste Antwort.


     

    Berechtigte Kritik betrifft die Koordination der Migrationsbewegungen in Europa. Einige Länder wie zum Beispiel Bulgarien in der EU oder die Türkei ausserhalb, hatten Flüchtlinge und Migranten aufgenommen, ohne zuvor die logistischen und sozialen Möglichkeiten in den Transitländern zu berücksichtigen. Sie ignorierten die Regeln der Mitgliedstaaten, wie diese Menschen ernährt, untergebracht medizinisch betreut, ausgebildet und integriert werden könnten. Das Fehlen einer konzertierten Migrations- und Flüchtlingspolitik hat einige Länder übermässig belastetet und hat zu sozialen Spannungen und zu finanziellen Problemen (Italien, Griechenland, Balkanstaaten, Türkei) geführt. Ungenügende Grenzkontrollen und mangelnde Koordination vergrössern das Risiko, dass kriminelle Elemente und Terroristen Europa infiltrieren.


     

    Die Dramen von Lampedusa, Rhodos, Calais und andere zeigen die Notwendigkeit, das Schengen Abkommen zu revidieren und, basierend auf den existierenden Grundsätzen, ein vertrauenswürdiges und dauerhaftes Abkommen zu erreichen. Grundlage dafür ist eine klare und gemeinsame Migrationspolitik.


     

    Es gibt zahlreiche Vorschläge für die Erneuerung und Weiterentwicklung der EU. Sie gehen von sektoriellen Verbesserungen (z.B. Vereinfachung der Vorschriften für die Landwirtschaft) bis hin zur Reform des gesamten europäischen Vertragswerks (Revision der Verträge, Neuordnung der Kompetenzen der Mitgliedstaaten und der europäischen Institutionen). Damit die Reformen durchgeführt werden können und wirksam werden, müssen die Mitgliedsstaaten aufhören, die europäischen Institutionen für Fehler und Probleme verantwortlich zu machen, welche hausgemacht sind oder durch schlechte Umsetzung der gemeinsamen Politik verursacht wurden. Die öffentliche Meinung muss für die Weiterführung des europäischen Projektes gewonnen werden.


     

    In unserer Zeit wird Erfolg oder Misserfolg oft in Zahlen gemessen. 7% der Weltbevölkerung leben in der EU. Sie erwirtschaftet 22% des globalen BIP (oder 17% unter Berücksichtigung der Kaufkraftparität). Im Welthandel hält die EU 15% des Warenaustausches und 16% der Dienstleistungen (Zahlen von 20143). Der Euro wurde 1999 eingeführt und ist heute weltweit die zweitwichtigste Währung hinter dem amerikanischen Dollar, noch vor dem chinesischen Yuan, gemessen an der Höhe der Transaktionen. Seit Oktober 2006 besteht der weltweit grösste Betrag an herausgegebenen Banknoten und Münzen aus Euro.


     

    60 Jahre nach dem Abschluss der Römer-Verträge kann der Erfolg der EU auch qualitativ erfasst werden. Das Europa der EU ist von kriegerischen Konflikten verschont geblieben. Das ist ein wichtiges Resultat, auch wenn die jüngere Generation heute dem Frieden vielleicht weniger Bedeutung bemisst, so sehr ist er zur Normalität geworden. Der Friede ist jedoch nicht ein gesichert: Kaum hatte die britische Premierministerin den Austrittswunsch Grossbritanniens der EU formell mitgeteilt, traten wegen Gibraltar Spannungen zwischen London und Madrid auf. Der britische Verteidigungsminister drohte Spanien mit militärischen Interventionen, sollte der Status von Gibraltar angetastet werden!4


     

    Zahlreiche regionale Projekte und Handelsverträge haben die EU als Modell genommen: Mercosur in Lateinamerika5, Caricom in der Karibik6, die afrikanische Union7, die ASEAN in Südostasien8, und sogar die eurasische Union russischer Inspiration9. Jeremy Rifkin führte 2004 in seinem Buch «Der europäische Traum»10 aus, wie sich zahlreiche Länder, z.B. Schwellenländer, das europäische Projekt für ihre eigene Entwicklung und Modernisierung zum Vorbild genommen haben. Laut Rifkin hat das europäische Projekt auf die innovative öffentliche Politik einen grösseren Einfluss als das Modell der USA.


     

    In einer Zeit der globalen Herausforderungen kann sich kein Land und keine Region abschotten und isolieren. Der Erfolg der EU und jeden anderen Landes wird von der Fähigkeit und dem Willen abhängen, sich in die internationale Gesellschaft einzubringen und aktiv an der Zukunft mitzuarbeiten. Dieses wird das Thema des 4. Briefes sein.


     

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    * Die Autoren äussern hier ihre persönliche Meinung aus. Diese steht in keinem Bezug zu Organisationen mit denen sie in Beziehung stehen könnten. R. Stalder, Schweizer Staatsbürger, Biochemiker, hat verschiedene Managementposten bekleidet. J.-J. Subrenat, französischer Staatsbürger, war Diplomat, D. Marthaler, Schweizer Staatsbürger, Biologe und Kommunikationsfachmann. Die Briefe wurden auf Französisch von Subrenat verfasst und von Stalder frei ins Deutsche übertragen und Marthaler überarbeitet. Jeder ist für seine Version verantwortlich.

    2 Valérie Giscard d’Estaing, welcher die Arbeiten leitete, erklärte später: «Sie sind vom Verfassungstext ausgegangen, haben die einzelnen Elemente getrennt und haben sie als Zusätze den Verträgen von Rom (1957) und Maastricht (1992) angefügt. Die Schlussfolgerung ergibt sich von selbst. Der Vertrag von Lissabon, welcher ausschliesslich mit den Elementen des Verfassungsentwurfes geschrieben wurde, enthält dieselben Elemente und Werkzeuge. Nur die Reihenfolge hat sich geändert. Die Toolbox wurde neu dekoriert auf Grund eines alten Modelle, welches drei Teile enthält. Man muss sie durchsuchen, um zu finden, was man sucht.» Siehe den Abschnitt Neuformulierung des Textes in: https://fr.wikipedia.org/wiki/Référendum_français_sur_le_traité_établissant_une_constitution_pour_l'Europe

    3 Die Wirtschaft der EU: https://de.wikipedia.org/wiki/Wirtschaft_der_Europäischen_Union

    7 Afrikanische Union: https://www.au.int/fr und https://de.wikipedia.org/wiki/Afrikanische_Union

     

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    28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 17:33

    On balance, is the EU a success or a failure?

     

    by Roland Stalder, Jean-Jacques Subrenat, Daniel Marthaler *

     

    28 May 2017

     

    The Treaty of Rome was signed sixty years ago. Results can only be assessed by comparing them with the initial targets. And whatever the outcome, the responsibility of the EU as a result of what it did or failed to do must be separated from the effects of broader, sometimes global forces.

     

    The EU has come under fire from the media on a number of counts including, among other things: Member States being deprived of their national sovereignty, the increased cost of living since the introduction of the Euro, a worsening security situation due to the massive inflow of refugees, rising crime rates... Part of public opinion seems to overlook the fact that no decision is made in Brussels without the assent of the EU Member States (by unanimous or majority decision, depending on the subject) and tends to forget that no EU directive is applicable in any Member country without being transcribed into that country's domestic law.

     

    That being said, criticism is nevertheless justified in a number of instances. Over the decades, EU institutions have piled up an unbelievable amount of regulations covering vast areas of public policy, and it's hard to say whether this accumulation was due to administrative routine or to complacency on the part of national representatives staying too long in Brussels. The principle of subsidiarity1, according to which a matter must first be dealt with at the level closest to the citizen and user, has not always been enforced. Many member countries want national regulations to apply to a larger number of products (e.g. snuff or "snus" in Sweden), and to some traditional food (e.g. fermented products).

     

    The media often focus on what they see as a lack of consideration for « the will of the people ». In the case of France, the referendum held in 2005 rejected the draft EU Constitutional Treaty. The referendum in the Netherlands produced the same result. It is a fact that by adopting the Treaty of Lisbon in 2007, Member States accepted a number of articles which had been rejected in the 2005 draft2. Just as a reminder, a national referendum can only be organized by the government of that country, and the EU as such plays absolutely no part in the process. So it is unjustified and unfair to blame the EU for a national referendum, whatever the outcome may be.

     

    Many governments have used the rallying cry « it's Brussels' fault » to try and explain national failures such as weakened competitiviy, declining industry, rising unemployment, decreased purchasing power, social disruption, malaise and violence. In the case of the United Kingdom, propaganda of this type has long been peddled by the Murdoch media group whose founder holds passports from Australia and the USA, but not from the UK. The same arguments are extensively used in France by « Front national » and « France insoumise », in Austria by the « Österreichische Volkspartei », and in Great Britain by UKIP and some Conservatives, to mention but a few.

     

    And then, along came a US President who encouraged EU Member States to « follow the example of Brexit »! Jokingly, the President of the European Commission, Jean-Claude Juncker, declared that henceforth he would promote the secession of Ohio and Texas. Juncker is quite right: in the face of such gross interference from the other side of the Atlantic, humor is the best policy.

     

    Criticism is quite justified in other areas as well, for instance regarding the insufficiently coordinated policy and implementation of migration in the EU. Some member countries proclaimed their willingness to take in migrants and refugees, but failed to check that the transit countries (say Bulgaria in or Turkey outside the EU) could bear the social strain and indeed had adequate infrastructure to withstand such massive flows. Such a poorly coordinated policy and the lack of means to tackle the problem have placed a disproportionate burden on some countries (Italy, Greece, Balkan countries, Turkey) in terms of intake capacity, social tension and budget expenditure. In addition, the lack of adequate and coordinated controls on the borders of the EU has heightened the risk of potential terrorists entering the Member States.

     

    The humanitarian crises in Lampedusa, Rhodes, Calais and elsewhere have underlined the need for a thorough review of the Schengen Accords, not by putting in question the principles upon which they rest, but by making the whole system more efficient and sustainable in the long run. This cannot be acheived without a clearly defined joint migration policy and the means to fully carry out its tasks.

     

    There have been many recommendations regarding the future of the EU, ranging from fairly simple corrective measures (e.g. simplifying rules in agriculture) to much more comprehensive reform (revision of the Treaties, new allocation of responsibilities between Member States and EU institutions). But for such an ambitious reform to succeed, Member States must stop blaming EU institutions for the results of national policies, or for joint policy being poorly implemented at a country level. One thing is now quite clear: there is no way the European project can be acheived against public opinion.

     

    In this day and age, success or failure are often assessed in numbers. So here are a few numbers: the EU accounts for about 7% of world population, around 22% of global PIB or 17% in Purchasing Power Parity (PPP) terms. In world trade, the EU accounts for 15% of all products and 16% of all services (2014 figures3). Established in 1999, the Euro monetary system and common currency is now the second denomination for transactions throughout the world, behind the US Dollar and ahead of the Chinese Yuan. And since October 2006, Euro banknotes and coins represent the largest currency in circulation in the world.

     

    Sixty years after the Treaty of Rome was signed, the EU can also be judged without numbers. The fact that there has been no armed conflict among member countries is an important result, even though this may seem quite normal to the younger generations. But we need to remain vigilant: shortly after the UK Prime Minister sent a divorce letter to the EU, tension flared up between London and Madrid, with the UK Secretary for Defence warning Spain that tampering with the status of Gibraltar would lead to military retaliation4.

     

    Over the past few decades, many regional cooperation or coordination projects across the world have specifically taken the European Union as their model: Mercosur in Latin America5, Caricom in the Caribbean6, African Union in Africa7, ASEAN in South-East Asiat8, and even the Eurasian Union steered by Russia9. As Jeremy Rifkin pointed out in 2004 in « The European Dream10», a number of emerging or newly independent States found inspiration in the EU to chart their own efforts, for legislative, social, economic and monetary modernisation. According to Rifkin, the European model had a wider influence that the United States as a model for innovative public policies.

     

    We live in an era when countries and regions cannot exist in isolation. The success of the EU and its Members States depends, to a large degree, on their intereaction with the rest of the world: this will be discussed in Letter 4.

     

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    * The personal opinions of the authors do not purport to reflect the positions of institutions or bodies to which they may be linked. R. Stalder, a Swiss national, is an engineer who has held executive positions in industry. J.-J. Subrenat, a French national, is a retired diplomat. D. Marthaler, a Swiss national, is a communications consultant. Subrenat wrote the French version, while Stalder drafted and Marthaler reviewed the German version. The English version was drafted by Subrenat and reviewed by Carole Sunderland. Each assumes responsibility for his linguistic version.

    2Valéry Giscard d'Estaing, who chaired the committee on the Constitutional Treaty, later declared : « Ils sont partis du texte du traité constitutionnel, dont ils ont fait éclater les éléments, un par un, en les renvoyant, par voie d'amendements aux deux traités existants de Rome (1957) et de Maastricht (1992). (...) La conclusion vient d'elle-même à l'esprit. Dans le traité de Lisbonne, rédigé exclusivement à partir du projet de traité constitutionnel, les outils sont exactement les mêmes. Seul l'ordre a été changé dans la boîte à outils. La boîte, elle-même, a été redécorée, en utilisant un modèle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l'on cherche ». Voir le paragraphe « Reformulation du texte dans le Traité de Lisbonne ». See: https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9f%C3%A9rendum_fran%C3%A7ais_sur_le_trait%C3%A9_%C3%A9tablissant_une_constitution_pour_l%27Europe

    7 Official site of African Union, http://www.au.int/ ; see also Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_africaine

    8 ASEAN, Association of South-East Asian Nations, ASEAN, http://asean.org/

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    28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 17:15

     

    "Dover and out!1", a case of amnesia

    by Roland Stalder, Jean-Jacques Subrenat, Daniel Marthaler *
     

    18 May 2017

    On the 29th of March 2017, the European Council received a letter from Prime Minister Theresa May, announcing the United Kingdom's to leave the EU2. Starting on that day, negociations between London and Brussels must be terminated within two years. For those who promoted Brexit, this is a logical move following on Margaret Thatcher's call to her European partners in 1979, "I want my money back!"3. Thirty-eight years later, a majority of the British public was persuaded that the EU is mostly about money, and was convinced that a European conspiracy had deprived the UK of its sovereignty. Historical facts do not support such a simplistic view.

     

    In the minds of the main architects of the European project - Jean Monnet, Robert Schuman, Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi and others - the aim was to rebuild a devastated Europe, but also to avoid new wars. Monnet was convinced that the best way to consolidate peace was to forge a practical solidarity among nations. He put forward a plan for a Coal and Steel Community, a first iteration of what was to become the EU. Winston Churchill made a similar plea in 1946: "We must build a kind of United States of Europe.(...) I am now going to say something that will astonish you. The first step in the re-creation of the European Family must be a partnership between France and Germany."4.

     

    As is clear from the above, the EU was set up because there was a will to build a new Europe on the ruins of World War 2 and to create a sense of solidarity among European nations to safeguard peace. France and the Federal Republic of Germany (FRG), both acutely aware of their responsibility, launched a partnership which, even today, remains a pillar of European solidarity.

     

    It is not well-known fact that Monnet presented the idea of a comprehensive partnership first of all to the UK. In 1939, shortly after the military alliance between Germany and Italy, Monnet drafted a plan to merge the military industries of France and the UK. This plan won the approval of both De Gaulle and Churchill, who then appointed Monnet as their envoy to President Roosevelt to coordinate the supply of US military equipment for the war effort in Europe against Nazi Germany. In 1943, at the height of World War 2, Monnet was busy on a new European project: "There will be no peace in Europe if the states rebuild themselves on the basis of national sovereignty, with its implications of prestige politics and economic protection…. The countries of Europe are not strong enough individually to be able to guarantee prosperity and social development for their peoples. The States of Europe must therefore form a federation or a European entity that would bind them in a common economic unit."5.

     

    After the war, Monnet further developed his idea: in March 1949, he submitted a plan to the Finance ministers of Great Britain and France, calling for the merger of what were then the two main economic powers in Europe. At the end of 1949, partly because of serious political and monetary instability in Paris, London finally gave a negative response to his proposal6.

     

    The failure of the project for France and Britain was the starting point of an even more ambitious plan for a European community, which Monnet shared with Robert Schuman, French minister of foreign affairs. Together, they approached the German leadership with the “Schuman Plan”, which was promptly accepted. On the 9th of May 1950, in the presence of many European leaders gathered in the Salon de l'horloge of the Foreign Ministry in Paris, Schuman made this statement: "Europe will not be made all at once, or according to a single plan. It will be built through concrete achievements which first create a de facto solidarity. The coming together of the nations of Europe requires the elimination of the age-old opposition between France and Germany." 7.

     

    The next stages are well known8. In 1957, the six founding members signed the Treaty of Rome establishing the European Economic Community (EEC) aimed at gradually reducing tariff barriers, setting up a customs' union, and creating a single market for goods, labour, services and capital. To manage this vast programme, the Six established the European Commission; they also set up Common Policies for agriculture and transport. And in the ensuing years, steps were taken to strengthen the new European construction by facilitating inter-EEC exchanges and by harmonizing some areas of economic activity.

     

    Early on, some leaders favoured a federal Europe, while others were against anything beyond a common market. In itself, this wide difference of purpose sheds some light on the sinuous path followed from yesterday's EEC to today's EU. Already in the late 19th century Jacob Christoph Burckhardt, a Swiss intellectual, warned against the dangers of uniformity on the continent: "We must preserve Europe from the danger of a political, religious and social unity which would threaten its special character and the wealth of its spirit."9.

     

    A major step was taken in 1973 when the Six welcomed Denmark, Ireland et the United Kingdom. President De Gaulle had twice opposed the entry of the UK, and he is said to have quoted Churchill in the war years, "If England has to choose between Europe and the high seas, she will always choose the high seas." 10. However, in 1972 President Pompidou accepted the conditions laid down by the British prime minister, Edward Heath. At the time, the industrial, monetary, financial and military might of the UK made it a very attractive European partner in the eyes of Paris. We must remember that during the Cold War, the EEC wanted to travel its own path between the two large blocs which were controlled by Moscow and Washington. But as the Brexit campaign in 2016 made clear, London has always viewed the European project not as a comprehensive plan, but as a tool for business opportunities. London has long set its strategic emphasis on the "special relationship" with Washington, and relied on NATO for collective security and joint defence.

     

    During two decades, European leaders kept hesitating between consolidating the European project (improving joint institutions and procedures), and enlarging its membership (admitting new member states). At the same time, Washington, with the assiduous help of London and Ankara, wanted the EU to enlarge its membership, in the hope of have less econmic competition from Europe. Another intent of the US was to impede a fledgling European defence, viewed as a threat to the Atlantic Alliance and to US leadership.

     

    There were times when some European capitals had their own reasons for enlargement, or even to accelerate it. In the late 20th century, this was the case for Germany, which was keen to live in a stable environment after the implosion of the Soviet Union. Germany wanted reliable neighbours in Eastern Europe, the Baltic area, and the Balkans. Other EU members were aware that a speedy enlargement would deepen the differences in the EU in many respects: the solidity of their democratic institutions, the independence of their judiciary, their financial and budget ressources, the effectiveness of their security and defence systems... Most new EU members states were also keen to join the European Monetary System and the Euro zone. The sheer variety of situations among aspiring member states threatened to jeopardize the cohesiveness of the EU, which today still has to face the consequences of enlargement without consolidation. The monetary, financial, economic and social crisis in Greece is a striking example of this. Another example is the large migration from Bulgaria towards more prosperous countries in the EU.

     

    In the early 21st century, the EU was so busy with enlargement and many crises, that equally important aspects of the European project were less attended to: the key role of culture in democracy, the importance of education and vocational training, a long-term plan for European defence and security, fiscal harmonisation, the portability of professional competence and of social security benefits, harmonisation of border controls, harmonisation of immigration rules...

     

    These are some of the subjects the EU will have to address in the near future. The EU and its members states will also have to face global issues: a possible new isolationist mood in the USA; the rising power of China, India, Turkey, Brazil, Indonesia; new alliances sought or concluded by Russia. The growth of Asymetric warfare11 , characterized by blind violence in the name of religious beliefs, poses great threats. The massive regression of human rights is more than disturbing. The continued persecution of women requires redress. Many young are still deprived of proper education. Some essential resources, such as fresh water, will need to be managed globally. ABC (Atomic, Biological, Chemical) Arms of Mass Destruction need to come under an even tighter and reliable control. And implementing the resolutions of COP-21 is an urgent duty in order to avoid climate and ecological catastrophes.

     

    The European project is grounded in the past: its original purpose was to rebuild devastated countries and to avoid the recurrence of war. But what does the balance sheet of its actions look like? The next Letter will examine that question.

     

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      Opinions are those of the authors, and do not purport to reflect the positions of institutions or bodies to which they may be linked. R. Stalder, a Swiss national, is an engineer who has held executive positions in industry. J.-J. Subrenat, a French national, is a retired diplomat. D. Marthaler, a Swiss national, is a communications consultant. Subrenat wrote the French version, while Stalder drafted, and Marthaler reviewed the German version. The English version was drafted by Subrenat and reviewed by Carole Sunderland. Each assumes responsibility for his linguistic version.

    1   In order to celebrate the announced between the UK and the EU, the Brisith daily The Sun, dated 29 March 2017, published a photo-montage projected on a Dover cliff, with the slogan "Dover and out!", https://ricochet.com/419385/dover-uk-tabloid-celebrates-brexit-grand-style/

    3  BBC, http://www.bbc.com/news/uk-politics-11598879  . A complete report on the Summit of Heads of State and Government of the EEC, Dublin, September 1979 : http://www.margaretthatcher.org/speeches/displaydocument.asp?docid=104180

    4  Speech at the University of Zurich, 19 September 1946, http://mjp.univ-perp.fr/textes/churchill19091946.htm

    6  Jean Monnet, Mémoires, pp. 329-332

    9 Jacob Christoph Burckardt, Historische Fragmente, aus dem Nachlass gesammelt von Emir Dürr. Stuttgart Berlin, Deutsche Verlagsanstalt 1942.

    10   Nouvelles d'Europe, le Royaume-Uni choisit le grand large, http://www.nouvellesdeurope.com/article-le-royaume-unis-choisit-le-grand-large-96050445.html 

    11   Asymetric warfare, https://en.wikipedia.org/wiki/Asymmetric_warfare 

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    19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 11:02

    Man findet die deutsche und englische Versionen weiter unten.

    You will find the German and English versions below the French version.

     

    « Dover and out!1 », un cas d'amnésie

    par Roland Stalder, Jean-Jacques Subrenat, Daniel Marthaler *

     

    18 mai 2017

    Le 29 mars 2017, Theresa May, première ministre britannique, a fait remettre au Conseil européen, la décision du Royaume Uni de se retirer de l'UE2. Les pourparlers entre Londres et Bruxelles devront aboutir dans un délai de deux ans. Pour ses promoteurs, Brexit est la suite logique de ce que Margaret Thatcher réclamait à ses collègues européens en 1979, « I want my money back »3. Trente-huit ans plus tard, une majorité de Britanniques s'est laissée convaincre que l'UE est essentiellement une affaire d'argent, et qu'une conspiration européenne a privé le Royaume Uni de sa souveraineté. Les faits historiques sont sensiblement différents.

     

    Pour les principaux artisans de la construction européenne, Jean Monnet, Robert Schuman, Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi et d'autres, l'objectif était de reconstruire une Europe ravagée, mais aussi d'éviter de nouvelles guerres. Monnet, convaincu que le meilleur moyen de préserver la paix était de créer une solidarité de fait entre Etats, proposa de lancer une Communauté charbon et acier, première mouture de l'EU. De son côté, Winston Churchill faisait le même constat en 1946 : « Nous devons ériger quelque chose comme les États-Unis d’Europe (…). J'en viens maintenant à une déclaration qui va vous étonner. Le premier pas vers une nouvelle formation de la famille européenne doit consister à faire de la France et de l'Allemagne des partenaires »4.

     

    Comme on le voit, l'origine de l'UE se trouve bien dans la volonté de relever l'Europe de ses ruines, et de créer entre nations européennes une solidarité capable de préserver la paix. La France et la République fédérale d'Allemagne, conscientes de leur responsabilité à cet égard, ont lancé un partenariat qui, encore aujourd'hui, constitue une pièce maîtresse de la construction européenne.

     

    Fait moins connu, c'est d'abord aux autorités britanniques que Monnet proposa un partenariat de grande ampleur. En 1939, peu après la conclusion de l'alliance militaire entre l'Allemagne et l'Italie, Monnet mit au point un plan de fusion des industries militaires de la France et du Royaume Uni, que De Gaulle et Churchill acceptèrent ; ils le nommèrent d'ailleurs conseiller auprès du président Roosevelt pour coordonner la fourniture de matériel militaire par les Etats-Unis pour combattre l'Allemagne nazie. En 1943, en pleine guerre, Monnet envisageait déjà un projet européen : « Il n'y aura pas de paix en Europe si les Etats se reconstituent sur une base de souveraineté nationale avec ce que cela entraîne de politique de prestige et de protection économique. Si les pays d'Europe se protègent à nouveau les uns contre les autres, la constitution de vastes armées sera à nouveau nécessaire »5.

     

    Une fois la paix restaurée, Monnet poursuivit son idée : en mars 1949, il soumit aux ministres des finances britannique et français un plan de fusion entre les deux principales économies européennes de l'époque. Fin 1949, dans un contexte d'instabilité gouvernementale et monétaire à Paris, Londres donna finalement une réponse négative6.

     

    C'est de l'échec de ce projet franco-britannique qu'est né le plan, bien plus ambitieux, d'une communauté européenne. Monnet en fit part à Robert Schuman, ministre français des affaires étrangères, et ensemble ils présentèrent le “plan Schuman” aux autorités de la République fédérale d'Allemagne, qui l'approuvèrent. Le 9 mai 1950, Schuman déclara devant de nombreux dirigeants européens réunis dans le Salon de l'horloge, quai d'Orsay à Paris : « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord des solidarités de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire de la France et de l’Allemagne soit éliminée. L’action entreprise doit toucher au premier chef la France et l’Allemagne »7.

     

    Les grandes étapes suivantes sont bien connues8. La signature par les six Etats fondateurs du Traité de Rome (1957) établissant la Communauté économique européenne (CEE), proposait la réduction progressive des barrières tarifaires, l'établissement d'une union douanière, la création d'un marché unique pour les biens, le travail, les services et les capitaux. Pour gérer cet ensemble, les Six créèrent la Commission européenne ; ils ébauchèrent aussi des « politiques communes » couvrant l'agriculture et les transports. Chacune des étapes suivantes était censée répondre au besoin de renforcer le nouvel ensemble européen, en facilitant les échanges entre ses membres et en harmonisant les grands secteurs de l'économie.

     

    Mais dès le début, certains ont eu pour l'Europe une ambition fédéraliste, tandis que d'autres voulaient s'en tenir à un simple marché commun. A elle seule, cette divergence entre deux visions explique les chemins sinueux suivis, de la CEE d'hier à l'UE d'aujourd'hui. Dès la fin du 19ème siècle, un intellectuel suisse, Jacob Christoph Burckhardt, mettait en garde contre une uniformisation du continent : « Il faut protéger l'Europe du danger d'une unité politique, religieuse et sociale qui menacerait sa spécificité, la richesse de son esprit »9.

     

    Une étape significative est franchie en 1973, lorsque les Six accueillent le Danemark, l'Irlande et le Royaume-Uni. Il faut noter que le président De Gaulle s'était opposé deux fois à l'entrée du Royaume-Uni, lui qui avait à l'esprit ce mot de Churchill durant la guerre, "Entre l'Europe et le grand large, l'Angleterre choisira toujours le grand large"10. Mais en 1972, le président Pompidou accepta les conditions formulées par Edward Heath, premier ministre britannique. On comprend l'attrait que pouvait présenter à l'époque, notamment pour Paris, la puissance industrielle, monétaire, financière et militaire du Royaume-Uni. Souvenons-nous qu'en pleine guerre froide, il s'agissait aussi pour la CEE de se démarquer des deux grands blocs contrôlés par Moscou et Washington. Mais comme l'a souligné la campagne du référendum du Brexit en 2016, Londres a toujours considéré l'ensemble européen non comme un projet d'envergure, mais comme un simple marché commun. Londres a toujours réservé sa vision stratégique, celle du long terme, à sa « relation spéciale » avec Washington, et avec l'OTAN en ce qui concerne la sécurité et la défense collective.

     

    Les étapes suivantes ont souligné les hésitations des dirigeants européens, entre l'approfondissement du projet européen (consolidation des institutions et des mécanismes communs), et l'élargissement (accueil de nouveaux Etats-membres). Depuis longtemps Washington, aidé en cela notamment par Londres et Ankara, prônait un élargissement de l'UE, dans le but de contenir ce concurrent économique, mais aussi dans l'idée de tenir en échec une Europe de la défense qui, à ses yeux, affaiblirait l'Alliance atlantique dirigée par Washington.

     

    A certaines périodes, des capitales européennes ont eu leurs propres raisons pour poursuivre l'élargissement, et même pour l'accélérer : dans la dernière partie du 20ème siècle ce fut notamment l'attitude de Berlin, soucieuse d'avoir des amis dans l'environnement géopolitique incertain créé par l'implosion de l'Union soviétique. L'Allemagne, réunifiée depuis peu, voulait surtout un voisinage stable, autour de la mer Baltique et dans les Balkans. D'autres capitales étaient conscientes qu'un élargissement à marche forcée creuserait les écarts dans de nombreux domaines : solidité des institutions démocratiques, indépendance de la justice, capacités financière et budgétaire, fiabilité des systèmes de sécurité et de défense ... Dans le même temps, la plupart des nouveaux membres souhaitaient être admis aussi dans le système monétaire européen, la « zone Euro ». La grande variété des situations, d'un pays à l'autre, risquait de nuire à la cohésion de l'UE qui, aujourd'hui encore, continue de faire face aux conséquences du choix d'élargir avant de consolider. La crise monétaire, financière, économique et sociale en Grèce en est un exemple frappant. Les mouvements migratoires de Bulgarie vers les pays plus prospères de l'UE en est un autre exemple.

     

    Depuis le début du 21ème siècle l'UE, tout occupée à son élargissement et à la gestion de différentes crises, a été moins attentive à d'autres aspects pourtant importants de son projet, et qui restent en chantier : rôle crucial de la culture pour nourrir la démocratie, effort concerté pour l'éducation et l'apprentissage, défense et sécurité européenne, harmonisation fiscale, portabilité des compétences et des cotisations sociales, harmonisation du contrôle des frontières, harmonisation des règles et des capacités d'accueil des migrants... Ce sont là quelques-uns des sujets que l'UE aura à traiter dans les années à venir. Elle devra également contribuer à relever des défis globaux : possible nouvel isolationnisme des Etats-Unis ; montée en puissance de la Chine, de l'Inde, de la Turquie, du Brésil, de l'Indonésie ; nouvelles alliances conclues ou recherchées par la Russie ; extension probable de guerres asymétriques11 caractérisées par la violence aveugle commise au nom de convictions religieuses ; recul des droits humains à grande échelle ; persécution de femmes ; non-scolarisation d'enfants ; nécessité de gérer de manière globale des ressources essentielles comme l'eau potable ; devoir de continuer à assurer la maîtrise des armes de destruction massive ABC (atomiques, biologiques, chimiques) ; mise en œuvre des résolutions du COP21 pour éviter des catastrophes climatique et écologique.

     

    Le projet européen trouve son origine dans le passé : il s'agissait avant tout de reconstruire des pays dévastés et d'empêcher le retour de la guerre. Mais quel bilan peut-on dresser de ses actions ? C'est ce que la prochaine lettre se propose d'examiner.

     

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    Les auteurs s'expriment ici à titre personnel et leurs opinions ne prétendent pas refléter les positions d'entités avec lesquelles ils pourraient avoir des liens. R. Stalder, citoyen suisse, ingénieur, a occupé des postes de direction en entreprise. J.-J. Subrenat, citoyen français, est un ancien diplomate. A partir d'un plan détaillé en français rédigé par Subrenat, la version en allemand a été rédigée par Stalder et révisée par Marthaler. La version en anglais, rédigée par Subrenat, a été revue par Carole Sunderland. Chacun assume la responsabilité pour sa version.

    1   Pour célébrer le divorce annoncé entre le Royaume-Uni et l'UE, le quotidien britannique The Sun du 29 mars 2017 a fait un photomontage, projetant sur une falaise de Douvres le slogan « Dover and out », https://ricochet.com/419385/dover-uk-tabloid-celebrates-brexit-grand-style/

    3  Article dans Le Monde : http://www.lemonde.fr/europe/article/2005/05/11/30-novembre-1979-margaret-thatcher-i-want-my-money-back_648386_3214.html . Le compte rendu complet du Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté économique européenne, Dublin, septembre 1979 : http://www.margaretthatcher.org/speeches/displaydocument.asp?docid=104180

    4  Discours à l'Université de Zurich, 19 septembre 1946, http://mjp.univ-perp.fr/textes/churchill19091946.htm

    6  Jean Monnet, Mémoires, pp. 329-332

    9  Jacob Christoph Burckardt, Historische Fragmente, aus dem Nachlass gesammelt von Emir Dürr. Stuttgart Berlin, Deutsche Verlagsanstalt 1942.

     

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