Mardi 15 avril 2008


Chère Juliette,

dès hier, j'espérais mettre en ligne des photos du "Relais pour la Vie" qui vient de se dérouler à Luxembourg, mais il y a eu un problème lors du chargement des images de l'appareil de photo vers l'ordinateur : tout en cherchant une solution technique, je souhaite ajouter quelques lignes sans tarder.

Dimanche 13 avril, vers 17 heures, les coureurs et marcheurs ont été priés de quitter la piste, afin de faire place à la "cérémonie des bougies". Il faut imaginer cet immense stade couvert, les projecteurs qui s'éteignent, et le spectacle de ces milliers de sacs en papier, chacun éclairé de l'intérieur par une bougie allumée en souvenir d'une personne disparue à la suite de la maladie. Rappel triste, rappel poignant, évidemment. Mais aussi, message de solidarité de milliers de personnes, message d'espoir à ceux qui sont actuellement en traitement.

Parmi les moments forts de cette journée, je voudrais notamment t'en faire partager deux.

D'abord, dans la pénombre où luisaient ces milliers de bougies, Maria Teresa, Grande Duchesse du Luxembourg, a lu son message :

"J'ai allumé cette bougie pour te dire
que la vie est comme cette petite flamme,
forte et rayonnant de chaleur et de lumière,
même si elle vacille parfois sous le poids de la maladie.

J'ai allumé cette bougie pour qu'elle te dise
ce que l'émotion m'empêche parfois d'exprimer
que ton amour et ta présence,
surtout depuis que tu es malade,
te rendent encore plus cher à mon coeur
et me rendent plus forte et peut-être meilleure.

J'ai allumé cette bougie parce qu'ensemble
nous sommes plus forts face aux épreuves de la vie
et qu'un monde plus fraternel n'est pas qu'un rêve".

Autre moment fort : éclairé par un projecteur et entouré de ces milliers de bougies, l'ami André Mergenthaler, a improvisé, pendant quelques minutes, sur son violoncelle, une mélodie inspirée d'une partita de Jean-Sébastien Bach.

Tu souhaiteras peut-être lire le bref compte rendu de ces deux journées au Luxembourg, en cliquant ici. Et pour voir comment le "Relais pour la Vie"  est organisé dans de nombreux autres pays, il te suffit de cliquer ici.

En attendant de trouver le moyen de récupérer les photos pour les mettre en ligne, je te souhaite une bonne journée.

Jean-Jacques.

 

par JJS
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Dimanche 13 avril 2008

Chère Juliette,

 

comme tu n’as pas encore eu l’occasion de visiter le Luxembourg, j’ai pensé t’envoyer ces quelques lignes. Je sais que ton traitement est long et fatigant. Tes parents me disent que tu as accès à l’Internet : « surfer » est un moyen de se promener dans le monde sans subir des heures d’attente dans les aéroports. Si l’Internet est un véhicule merveilleux pour se déplacer à la vitesse de l’éclair, il permet aussi de connaître la façon dont les gens vivent ailleurs, de comprendre leurs peines et leurs espoirs.


Si tu le veux, tu peux lire une courte présentation sur le Luxembourg ici ou ici. Voici une photo prise par moi dans le "Grund", la partie de la ville qui borde l'Alzette :

 


Ici au Luxembourg, se déroule en ce moment un événement important, le Relais pour la Vie. Pour voir de quoi il s’agit, tu n’as qu’à cliquer ici.  Hier soir, à la cérémonie d’ouverture, il y avait plus de 1500 personnes, chiffre élevé dans un pays dont la population totale n’atteint pas cinq cent mille.

 

Des gens de tout âge se sont engagés dans ce Relais pour la Vie. Certains courent, d’autres marchent, mais tous participent. Hier, nous avons entendu quatre personnes apporter leur témoignage, chacune disant en quelques phrases comment elle vivait avec sa maladie, et combien il est important de pouvoir en parler pour mieux comprendre et mieux faire face. Ce dimanche après-midi, comme des centaines d'autres personnes, je serai sur la piste, et je penserai à toi.

 

Demain, j’espère mettre sur ce blog quelques photos de ce Relais pour la Vie 2008.

 

En attendant, je te souhaite une bonne journée, et une bonne visite sur l’Internet !

 

Jean-Jacques.

par JJS
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Samedi 8 mars 2008

 

« Financial turmoil », comment by Pierre de l’Oratoire.

 

Pierre de l’Oratoire (pseudonym), who has already been a guest writer on this blog, sent me the following contribution to the debate initiated with “Financial turmoil”.

 

Hello JJS,

here are a few points I wanted to make about your article (from which I’ve extracted the relevant quotes).

 

“Starting in 2005, the proportion of US citizens holding US bonds and similar values had fallen to an all-time low of about 5%...”

 

I don’t have the statistics in front of me, but it would be interesting to check when was the last time that another low had been reached, at what point in the economic cycle, and to what political situation this was correlated.

 

But from this factual information, one could also draw, if not completely opposite, at least different conclusions. For instance, the very low figure you refer to could indicate that savings by individuals and families

 

- have dwindled (and continue to fall), because US citizens are ever deeper in debt;

 

- are being placed elsewhere, such as stocks and derivatives; that, at the same time, families have “invested” in acquiring or improving their housing (e.g. greater trend towards house ownership, subprime crisis), as well as in retrieving mortgage (borrowing more, which means spending more);

 

In general terms, as in the case of the USA, indebtedness can also be seen as a sign of confidence in the future, rather than as “the lack of trust that US citizens (have) in their national economic (and political?) system”.

 

The same could be said about investments (or speculation, if you prefer) in stocks, on the increase, which may mean “I am confident in the future of my country’s enterprises, I have faith in capitalism, so I don’t wish to / have any reason to buy Treasury bonds”.

 

3/ The issuance of Treasury bonds has greatly increased (rising budget deficits + volume growth of the economy), and far more than population increase or savings: so, even in simply arithmetic terms, and all other parameters being equal, the proportion of Treasury bonds held by private persons is decreasing, and it is not possible to draw any other conclusions from this (nota bene: it would be interesting to have the figures in numbers, not in percentage).

 

As for decoupling, I have 2 comments:

 

1/ the example of Singapore does not seem pertinent: a small country, like a small boat, can more easily change its course than a larger one, and this remark applies all the more to Singapore which, as we know, has a long tradition of government involvement in the economy.

 

2/ The world “financialisation” (predominance of financial factors), brought to light by the Subprime crisis, is impervious to the changes in economic relations which you mention (i.e. currents of foreign trade and their relative movement): in fact, “financialisation” happens by some strange (and irresistible?) capillarity which has more to do with the thirst for profit on the part of a great number of diverse (and widely distributed) economic actors, than with the real economy. As a consequence, we see the weakening of banks in one or another country, credit crunch, slowing of the economy or even recession – all of this regardless of decoupling!

 

In this respect, there is still hope, as smart thinking still has a place, as can be seen in the original situation of Spain (compared with France, Germany, the UK…) : it is the Central Bank of Spain which, through appropriate technical measures, has all but banned Spanish banks from holding such products (CDOs…) with inbuilt Subprime credits. Thanks to this, Spain and its banking system remain virtually unaffected by the Subprime crisis – but it is true they have their own huge problems in the property area: it could therefore be said that, in the end, it’s better to be saddled with a national problem, over which one retains some capacity for action, rather than with problems imported unwittingly, on which one can have little effect.

 

If you wish to give your views, please click below, after the French version, on “ajouter un commentaire”. Or return to the Serenidee homepage.

 

 

 

« Désordre financier », un commentaire de Pierre de l’Oratoire.

 

Pierre de l’Oratoire (pseudonyme), qui a déjà été invite sur ce blog, m’a envoyé sa contribution au débat lance par l’article “Désordre financier”.

 

Bonjour JJS,

voici quelques remarques que je souhaitais faire à propos de votre article (dont je cite quelques extraits).

 

"A partir de 2005, la proportion de citoyens des Etats-Unis détenteurs de bons du trésor et valeurs assimilées de leur pays, est tombée au niveau historique le plus bas, environ 5%".

 

Je n'ai pas devant moi l'historique en question; il serait intéressant de voir quand il y eut le précédent minimum, à quelle phase du cycle économique, à quelles conjonctions politiques cela a correspondu.

 

Mais on peut aussi tirer de ce constat des conclusions sinon opposées, à tout le moins divergentes. Ce chiffre signifie aussi, par exemple, que l'épargne des ménages

 

1/ a diminué (continue à diminuer), les citoyens des Etats-Unis continuant de s'endetter;

 

2/ l'épargne des ménages s'oriente sur d'autres supports: par exemple la bourse et ses produits dérivés; tandis que parallèlement les ménages ont "investi" dans leur logement: achat (cf l'accession accrue à la propriété ... et la crise des « subprimes ») et les recharges d'hypothèques (pour emprunter plus donc pour consommer plus);

 

Or l'endettement, en règle générale et en l'occurrence aux Etats-Unis, peut aussi être analysé comme le témoignage de la confiance dans l'avenir, et non comme « un manque de confiance des citoyens des Etats-Unis envers leur propre système économique (et politique ?) ».

 

De même pour l'investissement (la spéculation si vous préférez) en bourse et son accroissement, qui peut aussi signifier: j'ai confiance dans les entreprises de mon pays, dans le capitalisme - je n'ai pas envie / pas besoin d'acheter des bons du trésor...

 

3/ (je n'ai pas les chiffres, mais) l'émission des bons du trésor a beaucoup augmenté (augmentation des déficits + croissance en volume de l'économie), nettement plus que la population et son épargne: donc simplement arithmétiquement, "toutes choses égales", la proportion baisse pour les particuliers, sans que l'on puisse en tirer des conclusions autres. (NB: il serait intéressant de connaître les chiffres en montants, et non en pourcentage).

  

Quant au découplage, deux commentaires:

 

1/ l'exemple de Singapour ne me parait pas très pertinent: un petit pays, comme un petit bateau, peut beaucoup plus facilement changer de cap qu'un pays plus grand (a fortiori pour un pays à forte tradition de dirigisme économique comme Singapour);

 

2/  la financiarisation du monde, comme en témoigne la crise des «  subprimes », se rit de l'évolution des relations économiques que vous mentionnez (les flux du commerce extérieur et leurs évolutions relatives): la financiarisation procède par une étrange (et irrésistible?) capillarité reposant plus sur l'appât du gain de nombreux acteurs très variés (et très disséminés) que sur l'économie réelle.

Conséquences: affaiblissement des banques dans tel et tel pays, tarissement du crédit, ralentissement voire récession - tout ça avec ou sans découplage

 

A cet égard, un motif d'optimisme, l'intelligence garde sa place comme en témoigne l'originalité de la situation de l'Espagne (par rapport à la France, l'Allemagne, l'Angleterre...): c'est la banque centrale espagnole qui par des mesures techniques appropriées, a virtuellement interdit aux banques espagnoles de détenir ce genre de produits (CDO's...) contenant des crédits « subprimes ». Ainsi ce pays, et ses banques, ne sont quasiment pas affectés par la crise des « subprimes » - mais ils ont leurs propres problèmes immobiliers, considérables: on peut alors soutenir que somme toute, il vaut mieux être confronté à ses problèmes autochtones, sur lesquels on garde un certain pouvoir d'action, plutôt qu'à des problèmes importés "à l'insu de son plein gré" (sur lesquels on n'aura que peu de pouvoir d'intervention).

 

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par JJS
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Jeudi 6 mars 2008

 

Olgugi, et veidi hilinenult, sooviksin siiski edastada oma eestlastest sõpradele südamlikud õnnesoovid Eesti Vabariigi 90. aastapäeva puhul. Selle blogi eesmärk ei ole iga rahvuspüha tähistamine, kuid juhtumisi olen ma oma elust üle nelja aasta veetnud Tallinnas.

"Agenda" on ajakiri, mida annab Helsingis välja Denisa Udroiu ja tema meeskond. Aasta alguses rääkis Denisa mulle oma kavatsusest pühendada ajakirjas eraldi rubriik Eesti 90. aastapäevale ning soovis teha minuga sel teemal intervjuu. Nüüd on võimalik lugeda seda teksti veebilehel.

Kui soovite Eesti Vabariigi 90. aastapäeva kohta või sellega seotud teemadel arvamust avaldada, lisage oma kommentaar klikkides lingil "ajouter un commentaire".



A few days late, but I'd like to congratulate my Estonian friends on the 90th anniversary of the establishment of the Republic of Estonia. This blog is not into cutting a notch in the chimney mantle at every national day, but it happens I spent more than four years working and living in that country.

"Agenda" is a magazine published in Helsinki (Finland) by Denisa Udroiu and her team. Earlier this year, Denisa said she was preparing a special section in her magazine to coincide with the Estonia-90 events, and she wanted to do an interview with me. You can now read this interview online.

If you want to make a remark on Estonia's 90th birthday, or on a related subject, please click below on "ajouter un commentaire". Or return to the Serenidee homepage.



Malgré quelques jours de retard, j'aimerais présenter mes voeux les plus sincères à mes amis estoniens, à l'occasion du 90ème anniversaire de l'établissement de la République d'Estonie. Ce blog n'a pas pour vocation de marquer chaque fête nationale, mais il se trouve que j'ai passé plus de quatre ans en Estonie.

"Agenda" est une revue publiée à Helsinki (Finlande) par Denisa Udroiu et son équipe. Au début de cette année, Denisa avait indiqué qu'elle préparait une section spéciale de sa revue pour coïncider avec les événements marquant ce 90ème anniversaire, et qu'elle souhaitait m'interviewer. Désormais, ce texte se trouve en ligne.

Si vous voulez donner votre avis sur le 90ème anniversaire de l'Estonie, ou sur un sujet voisin, cliquez ci-dessous sur "ajouter un commentaire". Ou retour à la page d'accueil de Serenidee.
 

 

 

par JJS
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Mercredi 20 février 2008
anti_bug

 

(la version en français se trouve ci-dessous, après la version en anglais)

 

 

Some experts consider the current financial crisis as potentially the most damaging since the Great Depression. The precursory signs of widespread economic disruption have been available for more than a year, but were not heeded by most financial institutions, and hardly recognized by any political leader. Obviously, the “sub-prime” failure was only the more visible tip of a wider phenomenon. Today, the looming depression begs a question: are we facing a worldwide crisis of gigantic proportions, or is this mainly a case of “meltdown” in the United States, some regions and countries being “decoupled” and therefore less exposed than the US?

 

The writing has been on the wall for some time, but has been widely ignored, including by major media outlets. 

-          As far back as 2005, some websites had suggested that the global economy was headed toward major difficulties, but their opinion was considered marginal (on this subject, you may wish to read some pieces in the “GlobalEurope Anticipation Bulletin” (click here), which has a regularly updated section on the “global systemic crisis”). On the 26th of March 2006, the US Federal Reserve discontinued the publication of figures pertaining to M3 (monetary aggregate made up of M1 + M2 + all other certificates of deposit, deposits in Eurodollars and repurchase agreements). The Fed simply stated that “M3 does not appear to convey any additional information about economic activity that is not already embodied in M2 and has not played a role in the monetary policy process for many years”… 

-          What the Fed failed to make public (at least to my knowledge) was that, starting in 2005, the proportion of US citizens holding US bonds and similar values had fallen to an all-time low of about 5%, and that this incredible figure said something about the lack of trust that US citizens had in their national economic (and political?) system. 

-          The media remained all but silent. A few days after the Fed announcement, the Financial Times (FT) gave a factual account, in a few lines. It took almost a year before any substantial analysis was printed in the press. 

-          And yet, in July 2006, Professor Nouriel Roubini (Stern School of Business, New York University) had written a piece whose title seemed startling at the time, “A Coming Recession in the US Economy?” In a recent –and as always excellent- article, Martin Wolf sums up in a vivid way Prof. Roubini’s “12 steps” to financial disaster, from “the worst housing recession in US history” to “a vicious circle of losses, capital reduction, credit contraction, forced liquidation and fire sales of assets at below fundamental prices” (FT 20 Feb. 2008, page 9).

 

Are we facing a worldwide recession, or is this all about a US meltdown from which other countries are partly shielded by “decoupling”?

-          Ever since the Great Depression, which started in the US and quickly spread to the rest of the world, it has been accepted dogma that a crash of the US economy will of necessity cause major damage to just about every other country. Among the factors supporting this theory, the overwhelming role of the US Dollar in world trade, on the oil market, and as a reserve currency, was an undisputed –even an overwhelming- reality.

-          But things began changing in the first years of the 21st century. The creation of the Euro (1st of January 1999) was first met with condescending sounds (six months previous to that, a US luminary predicted in “Foreign Affairs” the failure of the Single Currency, “if it ever comes into being”. Today, less than a decade later, the Euro is a solid fact not only in the EU, but worldwide: it is the preferred currency for about half of world trade, a quarter of all currency reserves, and will soon be used as one of two denominations in the oil trade worldwide, alongside the US Dollar.

-          World trade has also developed new patterns. After half a century of enjoying a position of dominance in almost every field in R & D, manufacturing, commerce, banking and finance, the US share in the global economy has slowly decreased. Whereas in 2000 the US accounted for 20% of all imports in the world, today that figure is about 14%. Until 10 years ago, the US was the largest client of and exporter to Japan, as well as of and to the European Union (EU). In March 2007, for the first time in modern history, the volume of EU/China trade was greater than EU/US; and at about the same time, US/China exchanges overtook US/EU trade. This is taken as a sign that national economies -at least the more dynamic ones today- are better equipped to adapt to new requirements.

-          These indicators of change have prompted experts to formulate a question which would have been considered indecent, or at least provocative, only a decade ago: if the US were to run into difficult times, would this still have a massive impact on the rest of the world? In support of this theory of “decoupling” between North America and the rest of the world, some specialists point out that Asia, the fastest growing market in the world, is compensating (at least to a certain extent) for falling demand in the US and (in some cases) slackening trade with Europe. It is also pointed out that even in Canada and Mexico, partners of the US in the NAFTA (North American Free Trade Association, ALENA in Spanish), the onset of the US depression has not yet had a strong negative impact. In a recent issue of “The Lex Column”, the case of Singapore is provided as an illustration of possible “decoupling”: in this island republic, “non-oil exports to (the US and Europe), a third of its export market, fell sharply in January, but exports to China rose 10 per cent year-on-year” (FT dated 20 Feb 2008, page 14).

 If you care to leave a comment, please click below (after the French translation of this article) on “ajouter un commentaire”. Or return to Serenidee homepage.

 

 

Certains experts estiment que l’actuelle crise financière est potentiellement la plus grave depuis la Grande Dépression. Les signes précurseurs d’un vaste désordre économique sont disponibles depuis plus d’un an, mais ils n’ont guère été retenus par la plupart des institutions financiers, ni reconnus par aucun dirigeant politique. Il est maintenant clair que la faillite du système des « sub-prime » n’était que la partie la plus visible d’un phénomène bien plus large. Aujourd’hui, l’imminence d’une depression appelle une question urgente : sommes-nous en presence d’une crise mondiale de grande ampleur, ou s’agit-il plutôt d’une “meltdown” touchant les Etats-Unis, d’autres regions et pays étant prémunis par un “découplage” de fait ?

 

L’actualité est recouverte de graffiti révélateurs depuis déjà quelque temps, mais cela est passé inaperçu, y compris des grands médias.

-          Déjà en 2005, quelques sites sur l’Internet signalaient que l’économie mondiale allait connaître de grandes difficultés, mais leur analyse était considérée comme marginale (regardez, par exemple, “GlobalEurope Anticipation Bulletin” (cliquez ici), qui met à jour régulièrement sa section sur la “crise systémique globale”).  Le 26 mars 2006, la Réserve Fédérale des Etats-Unis (Fed) cessa de publier les chiffres relatifs à M3 (agrégat monétaire comprenant M1 + M2 + tous autres instruments financiers négociables). La Fed se contenta d’une brève indication : « M3 ne semble fournir aucune indication supplémentaire sur l’activité économique qui ne soit déjà intégrée dans M2, et n’a pas joué de rôle dans la mise au point de la politique monétaire depuis de nombreuses années »…

-          Ce que la Fed s’est gardée de mettre en avant (en tout cas à ma connaissance) c’est que, à partir de 2005, la proportion de citoyens des Etats-Unis détenteurs de bons du trésor et valeurs assimilées de leur pays, était tombée au niveau historique le plus bas, environ 5%, et que ce chiffre incroyable était révélateur d’un certain manque de confiance des citoyens des Etats-Unis envers leur propre système économique (et politique ?).

-          Les media sont demeurés à peu près silencieux. Quelques jours après l’annonce de la Fed, le Financial Times (FT) en rendit compte en quelques lignes. Il fallut encore presque une année avant que ne paraisse une veritable analyse.

-          Pourtant, en juillet 2006, le professeur Nouriel Roubini (Stern School of Business, Université de New York) avait écrit un article dont le titre interpellait à l’époque: « Une récession annoncée dans l’économie des Etats-Unis ? ». Dans un récent –et comme de coutume excellent- article, Martin Wolf résume fort à propos ce que le Professeur Roubini a appelé les “12 étapes” conduisant au désastre financier, qui vont de « la plus grave récession immobilière dans toute l’histoire des Etats-Unis » au « cercle vicieux de pertes, de réduction de capital, de contraction du crédit, de liquidation forcée, de ventes dans l’urgence d’avoirs en-dessous des prix fondamentaux » (FT 20 février 2008, page 9).

 

Sommes-nous face à une récession mondiale, ou s’agît-il plutôt d’un désastre aux Etats-Unis, dont d’autres pays seraient partiellement protégés par le “découplage” ?

-          Depuis la Grande Dépression, qui débuta aux Etats-Unis et s’étendit rapidement au reste du monde, il est entendu qu’une nouvelle chute brutale et massive de l’économie des Etats-Unis ne manquerait pas d’affecter cruellement tous les pays de la planète. De nombreux facteurs corroborent cette théorie : le role prédominant du Dollar US dans le commerce mondial et sur le marché des produits pétroliers, ainsi que son role comme monnaie de reserve.

-          Mais les choses ont commence à changer au début du 21ème siècle. La création de l’Euro (1er janvier 1999) fut d’abord saluée avec condescandene (six mois plus tôt, un dirigeant américain avait donné un article à “Foreign Affairs” où il annonçait l’échec de la Monnaie Unique, “à supposer même qu’elle devienne réalité”. Aujourd’hui, moins d’une décennie plus tard, l’Euro est une solide réalité non seulement dans l’UE, mais à l’échelle globale: environ la moitié du commerce mondial est libellé en Euros, qui constituent également un quart des monnaies de réserve, et qui seront bientôt utilisés dans le négoce mondial des produits pétroliers, aux côtés du Dollar US.

-          Le commerce mondial lui-même a évolué. Après avoir bénéficié, un demi-siècle durant, d’une position dominante dans pratiquement tous les secteurs (R & D, industrie, commerce, banque et finance), la part des Etats-Unis dans l’économie mondiale a connu une réduction progressive. Alors qu’en 2000 les Etats-Unis absorbaient 20% de toutes les importations, aujourd’hui le chiffre est de 14%. Jusqu’à il y a dix ans environ, les Etats-Unis étaient le premier client et le plus grand fournisseur du Japon, mais aussi de l’UE. En mars 2007, pour la première fois dans la période contemporaine, le volume des échanges UE/Chine a dépassé celui du commerce UE/Etats-Unis ; et, de manière presque concomitante, le commerce Chine/Etats-Unis a dépassé les échanges entre les Etats-Unis et l’UE. Ceci est considéré comme le signe que les économies -en tout cas les plus dynamiques d'entre elles- sont capables de s'adapter avec plus de facilité.

-          Ces indicateurs de changement ont amené certains experts à poser une question qui, il y a seulement une décennie, pouvait paraître indécente, ou qui sonne au moins comme une provocation : si les Etats-Unis devaient rencontrer de grandes difficultés, l’impact serait-il toujours aussi fort sur le reste du monde ? Pour étayer cette théorie du “découplage” entre l’Amérique du Nord et le reste du monde, certains spécialistes font valoir que l’Asie, le marché en plus forte croissance, compense au moins en partie la chute de la demande aux Etats-Unis et (dans certains cas) une diminution des courants d’échange avec l’Europe. Ils soulignent que meme le Canada et le Mexique, partenaires des Etats-Unis dans l’ALENA (Association de libre-échange d’Amérique du Nord, NAFTA en anglais), les débuts de la récession aux Etats-Unis n’ont pas eu –ou pas encore- de conséquences graves. Dans une récente livraison de “The Lex Column”, Singapour est mis en avant comme exemple du “découplage” : dans cette république insulaire, « les exportations hors produits pétroliers, vers les Etats-Unis et l’Europe, soit un tiers de son marché à l’exportation, ont subi une forte chute en janvier, tandis que ses exportations vers la Chine augmentaient de 10 pourcent d’une année sur l’autre » (FT du 20 février 2008, page 14).

 

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par JJS
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