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  • JJS
  • Membre/Member, NTIA IANA Functions' Stewardship Transition Coordination Group (2014~2016); Membre/Member, NetMundial Initiative Coordination Council (déc. 2014~2016); ICANN/ALAC (2010~14); ICANN Board (2007-10); diplomat(e) (1971-2005); ambassadeur/dor (1995-2005). Gouvernance; défis globaux / Governance; global challenges.
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12 novembre 2006 7 12 /11 /novembre /2006 18:14

Le quotidien luxembourgeois "La Voix" a publié mon article intitulé "L'amitié entre voisins se construit", sur les relations entre la France et le Luxembourg (10 novembre 2006, p. 10). J'y pose la question : deux Etats, fortement impliqués dans le fonctionnement de l'Union européenne, doivent-ils et peuvent-ils encore accorder la même importance à leurs relations bilatérales ? Voici l'article (la photo de l'auteur en moins) :

The Luxemburg daily "La Voix" published my article entitled "Friendship between neighbours depends on their common will" (10th of November, page 10), on relations between France and Luxemburg. I ask whether countries such as these, firmly engaged in EU affairs, should and can consider their bilateral relations as having the same importance as in earlier days? Here is the article in French (minus the photo of the author):

"Entre voisins français et luxembourgeois

par Jean-Jacques Subrenat *

En France, tout le monde sait que des sociétés de taille mondiale (Arcelor-Mittal, Clearstream…) ont élu domicile au Grand Duché, qui figure donc sur la mappemonde de la globalisation. Mais pour mon pays, le véritable enjeu du Luxembourg se situe déjà ailleurs : dans une UE en expansion, les relations bilatérales entre proches voisins ont-elles encore un avenir ? La France saura-t-elle anticiper les ajustements rendus nécessaires par l’élargissement, au lieu de les subir ?

Entre Paris et Luxembourg, les relations sont réputées excellentes, puisque nos dirigeants se croisent sans cesse au Conseil européen et à l’Eurogroupe, tandis que nos élus se côtoient souvent au Parlement européen. Il est vrai aussi que M. Jean-Claude Juncker, premier ministre luxembourgeois, était l’un des invités d’honneur à la tribune lors du défilé du 14 juillet 2006. Soyons clairs : l’amitié entre vieux voisins ne peut se satisfaire des rencontres à vingt-cinq. On sait que les Français (de Thionville, Longwy, Metz même) sont les plus nombreux parmi les frontaliers travaillant au Grand Duché. Pourtant, malgré cette forte présence humaine, la place de la France dans les échanges commerciaux du Luxembourg est en déclin : avec 15% des échanges, mon pays n’est plus que le 3ème partenaire du Grand Duché, nettement derrière l’Allemagne (27%) et la Belgique (25%).

A terme, ce relâchement pourrait affecter d’autres domaines de notre relation bilatérale. Alors que la francophonie a tenu son 11ème sommet (Bucarest, 28-29 septembre 2006), a-t-on pris conscience, à Paris, que le français est encore la première « langue d’intégration » au Luxembourg, pour plus de 70 000 Portugais et 30 000 Italiens, pour des Belges et autres francophones installés ici ? A terme, l’enjeu n’est pas négligeable, puisqu’il est envisagé que la population du Grand Duché puisse passer de 460 000 à environ 700 000 d’ici moins d’une génération. Sait-on suffisamment à Paris que la langue administrative du Grand Duché est le français, et que le « Mémorial », distribué gratuitement à chaque habitant, promulgue les lois en français ? Sait-on qu’à la jeune Université du Luxembourg, l’enseignement est assuré en allemand, en anglais et en français ?

Pour un voisinage fécond

Mais alors pourquoi s’inquiéter, puisque le Grand Duché est si bien disposé à l’égard de la France et de notre langue commune ? Pour les Luxembourgeois, la construction européenne a été et demeure l’élément le plus prégnant en Europe. Mais, longtemps marquée par le fait franco-allemand, le Grand Duché, comme d’autres pays, diversifie également ses relations politiques. Par ailleurs, on sait qu’à l’échelle mondiale, l’anglais progresse plus vite que le français, même dans l’Europe esquissée par Charlemagne.

C’est que, même dans un monde globalisé, les relations bilatérales conserveront leur importance. Dans une UE nettement élargie, est-il possible de réinventer des relations bilatérales à l’usage du 21ème siècle, par exemple entre un petit Grand Duché et mon pays qui, toujours soucieux d’occuper une place à sa mesure, devrait à mon avis, surtout depuis son référendum de 2005, prendre la juste mesure de sa place ?

Nos échanges économiques et les mouvements de personnes évolueront, pour l’essentiel, sans l’intervention de nos deux Etats. Mais ce qui manque aujourd’hui à la relation franco-luxembourgeoise, c’est le voisinage fécond dont s’inspirèrent quelques grandes figures européennes : Emile Mayrisch, inventeur d’une communauté du charbon et de l’acier avant la CECA ; Robert Schumann, né à Luxembourg-ville, et qui, avec Jean Monnet et d’autres, lança la construction européenne ; Pierre Werner, dont le « plan » ouvrait la voie à l’union économique et monétaire.

Faut-il rappeler que la dernière visite d’Etat d’un président français au Grand Duché remonte à presque vingt ans (F. Mitterrand en 1987) ? La France devrait démontrer sa capacité à moderniser sa relation avec un voisin comme le Luxembourg, au nom d’un passé commun, au nom de la francophonie, au nom d’une construction politique de l’UE, en somme au nom de l’avenir. Sans un effort conscient, la proximité géographique ni l’histoire ne sauraient, à elles seules, corriger le relâchement annoncé de nos liens anciens, alors même que s’opèrent de si grands changements en Europe et dans le monde.

L’amitié entre voisins ne va pas de soi. Elle se construit.

 * Jean-Jacques Subrenat est un ancien ambassadeur français auprès de l’UEO (1995-1998), en Estonie (1998-2002), et en Finlande (2002-2005). Il est membre de l’IFRI (Institut français des relations internationales, Paris) et s’exprime ici à titre personnel".

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Published by JJS - dans serenidee
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